Après le tourne-à-droite, Paris teste le «tourne-à-gauche » dans le 10e arrondissement

VELO Sur 14 carrefours de l’arrondissement, les cyclistes pourront désormais griller le feu rouge et tourner à gauche… A condition de céder le passage aux piétons et aux voitures bénéficiant du feu vert… 

Fabrice Pouliquen

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L'intersection de la rue de Metz et de la rue du Faubourg-Saint-Denis est l'un des 14 carrefours sur lesquels la ville de Paris teste depuis ce jeudi le tourne-à-gauche cycliste.
L'intersection de la rue de Metz et de la rue du Faubourg-Saint-Denis est l'un des 14 carrefours sur lesquels la ville de Paris teste depuis ce jeudi le tourne-à-gauche cycliste. — F. Pouliquen

Voilà une raison de moins pour les automobilistes de maudire les vélos. Car désormais, si un cycliste grille un feu rouge pour tourner à gauche au carrefour, il n’est pas forcément en tort. Notamment si la scène se déroule dans le 10e arrondissement de Paris à l’un des quatorze carrefours pour lesquels la ville de Paris expérimente depuis ce jeudi le « tourne-à-gauche ».

Ces quatorze carrefours* ont été dotés de nouveaux pannonceaux accrochés le plus souvent au-dessus du feu tricolore et indiquant par des flèches jaunes les directions que peuvent prendre les cyclistes même si le feu est rouge.

Puisqu’il n’y a pas eu d’hécatombes avec le tourne-à-droite

Le « tourne-à-gauche » ne sort pas de nulle part. Un décret de novembre 2010 instituait déjà la possibilité qu’un feu rouge soit franchissable par les cyclistes. « Mais seulement alors pour tourner à droite ou aller tout droit pour les carrefours en T », précise Jean-François Durand, chef de l’unité sécurité des déplacements et partage de la voirie au sein duCéréma (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement). Deux directions a priori moins compliquées à mettre en place dans la mesure où tourner à droite ou aller tout droit dans un carrefour en T ne nécessite pas de franchir une file de voitures venant en sens inverse. Le cycliste doit toutefois, une fois le feu rouge franchi, céder le passage aux piétons ou aux voitures bénéficiant du feu vert.

Nantes, Strasbourg, Bordeaux s’étaient empressées de tester le dispositif début 2012. Paris a aussi rapidement suivi le pas. « Comme pour le double sens cyclable, on a prédit des accidents en cascades avec cette nouvelle mesure », se rappelle Christine Lambert, porte-parole de l’association parisienne Mieux se déplacer à bicyclette (MDB). Il n’en a rien été. » Si bien que l’été dernier, la ville de Paris a multiplié les « tourner-à-droite » et « aller-tout-droit » dans la capitale. « 1.800 carrefours parisiens offrent aujourd’hui cette possibilité aux cyclistes », indique-t-on au cabinet de Christophe Nadjovski, l’adjoint d’Anne Hidalgo chargé des transports.

« Cela ne donne pas le droit au cycliste de faire n’importe quoi »

Puisqu’il n’y a pas eu d’hécatombes, un nouvel arrêté a vu le jour le 23 septembre dernier donnant la possibilité aux villes d’instaurer la possibilité aussi de tourner à gauche lorsque le carrefour le permet. C’est cette nouvelle mesure que teste la ville de Paris depuis ce jeudi. Forcément, la MDB voit d’un bon œil cette expérimentation et n’appréhende pas, là-encore, une hausse des accidents de la route dans le 10e arrondissement. « Il ne faut pas croire que le « tourne-à-gauche » donne le droit au cycliste de débouler à toute vitesse au carrefour, insiste Christine Lambert. Le cycliste devra toujours laisser la priorité aux piétons ainsi qu’aux voitures bénéficiant du feu vert. »

Surtout, pour la MDB, il faut revenir au rôle premier des feux tricolores « très nombreux à Paris ». « Ils ne sont pas là pour sécuriser les usagers de la route, mais pour gérer les flux automobiles et permettre aux piétons de passer, insiste Alexis Fremiaux, président de la MDB. Mais ils ne sont pas du tout adaptés à la circulation des cyclistes. Quand vous êtes à vélo et que vous avancez à la force des jambes, s’arrêter et attendre à une intersection qui ne pose pas de problème de sécurité, cela n’a pas de sens. »

Une expérimentation jusqu’à fin août

La MDB prône un élargissement le plus rapidement possible et à un maximum de carrefours, des cédez-le passage cycliste. A droite, à gauche, comme tout droit. « La seule exception devrait être les grandes intersections où les feux tricolores ont effectivement un rôle sécuritaire », concède Alexis Frémiaux. Pas sûr que la ville de Paris souhaite aller aussi vite. L’expérimentation du « tourne-à-gauche » dans le 10e arrondissement n’est prévue pour l’instant que jusqu’à fin août.

*Les carrefours concernés: rue de Metz vers rue du Faubourg Saint Denis ; rue du Faubourg du Temple vers rue de la Fontaine au Roi ; quai de Valmy vers le Quai de Jemmapes ; quai de Valmy vers le Pont de la Grange-aux-Belles ; rue de la Fidélité vers la rue du Faubourg Saint-Denis ; rue Saint-Maur vers rue Jacques Louvel-Tessier ; rue du Château d’eau vers rue de Lancry ; rue de Belzunce vers rue de Rocroy ; rue Yves Toudic vers rue Léon Jouhaux ; rue Ambroise Paré vers rue Saint-Vincent-de-Paul ; rue de Rocroy vers rue de Dunkerque ; rue du Faubourg Sain- Denis vers boulevard Bonne Nouvelle ; rue de Dunkerque vers rue du Faubourg Poissonnière