Attentats du 13 novembre, 6 mois après: Dans le 11e, il y a «parfois un tourisme un peu malsain»

TOURISME Le 11e arrondissement tente de relever la tête, entre le manque de touristes et ceux qui continuent de se recueillir sur les endroits visés…

Romain Lescurieux
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Une homme prend une photo du Bataclan le 19 mars dernier
Une homme prend une photo du Bataclan le 19 mars dernier — AFP

« C’est par où le Bataclan ? » Cette question, une commerçante du boulevard Voltaire (11e) n’en peut plus. « Les trois premiers mois, c’était plusieurs fois par jour. Aujourd’hui, c’est un peu moins mais les touristes continuent de chercher cet endroit, devenu lieu de pèlerinage pour se recueillir », explique celle qui est située entre la place de la République et la salle de concert, visée par les terroristes le soir du 13 novembre.

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Depuis, six mois se sont écoulés. Mais le 11e arrondissement particulièrement touché par cette soirée meurtrière, peine encore à relever la tête, entre la baisse de fréquentation des touristes et ceux présents à la recherche des endroits visés.

« Maintenant, il y a des cars de touristes qui s’arrêtent ici »

« Nous étions à côté, donc nous avons décidé de passer par ce passage pour voir », lâche une professeur belge en voyage scolaire avec sa classe. Ce passage en question, c’est celui Saint-Pierre Amelot. Là où vers 22h, le soir du 13 novembre, des spectateurs du Bataclan tentent d’échapper à l’enfer en sortant par la porte de derrière.Une séquence filmée par un journaliste montre alors au monde entier des gens en train de boiter, quand d’autres traînent des corps ensanglantés. « J’ai expliqué à mes élèves ce qu’il s’était passé ici. Mais nous n’irons pas voir d’autres endroits en rapport avec les attentats », se défend-elle. Non loin, René, qui habite dans le quartier depuis cinquante ans soupire.

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« Les abords du Bataclan ne désemplissent pas de touristes. Surtout le week-end et dans ce fameux passage. Même si la vie reprend dans le quartier, ça fait bizarre », dit cet homme. La commerçante confirme. « C’est un tourisme parfois un peu malsain. Maintenant, il y a des cars qui s’arrêtent ici, alors qu’en soit, il n’y a rien à voir », s’exclame-t-elle. Des greeters parisiens qui font visiter leur quartier à des touristes, analyse toutefois la situation avec prudence.

« Un visiteur a voulu passer devant La Belle Equipe mais plus par intérêt amical »

« Les visiteurs sont naturellement intéressés par ce souvenir. Mais personne ne m’a demandé spécialement d’aller devant ces lieux. Une fois, un visiteur a voulu passer devant "La Belle Equipe" mais plus par intérêt amical et solidaire que par curiosité malsaine », détaille Robin, 65 ans habitant du 11e et greeter depuis quatre ans. « Juste après les événements, il y a eu quelques demandes mais plus trop maintenant », enchérit une autre greeter. D’autant que les établissements frappés en novembre ont depuis rouvert.

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Du bar « A la bonne bière » au restaurant « La Belle Équipe », en passant par le Carillon, « le quotidien a repris les devants », lâche le serveur de ce dernier bistrot. Le Bataclan, en pleine rénovation, a lui programmé des concerts pour novembre : face aux échafaudages, les hommages sont réduits à la portion congrue, quelques photos, peu de bougies allumées et des fleurs fraîches. La place de République concentre en revanche encore des marques du 7 janvier et du 13 novembre, couplées désormais à celles du mouvement #NuitDebout.

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« Nous avons décidé de venir ici pour se souvenir. Mais nous n’irons pas ailleurs », affirme Jasmine, une Indonésienne, en voyage à Paris avec sa famille. « Au début on me demandait où était tel ou tel lieu, mais plus du tout aujourd’hui », raconte un kiosquier de la « Rep ». « Je trouve surtout qu’ils ne sont toujours pas là, les touristes », ajoute-t-il, précisant qu’il a perdu 45 % de son chiffre d’affaires sur les souvenirs. Et il est loin d’être seul dans cette situation.

Avril : Le « plus mauvais » mois touristique enregistré depuis les attaques

Taux d’occupation en baisse dans l’hôtellerie, tables de restaurant vides le soir, manque de touristes dans les grands magasins… le secteur du tourisme fait en effet toujours grise mine à Paris, en raison de la désaffection de la clientèle étrangère. Le mois d’avril a même été « le plus mauvais » enregistré depuis les attaques, selon le cabinet MKG, spécialisé dans l’hôtellerie. Les raisons ? « Une désaffection de la clientèle loisirs et étrangère, qui se rabat sur le sud de l’Europe et aussi un phénomène de calendrier de vacances scolaires décalé impliquant une clientèle d’affaires moins nombreuse en avril », souligne Vanguelis Panayotis, directeur du développement chez MKG, interrogé par l’AFP.

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« Entre les événements de novembre et les incidents en marge de #NuitDebout, la baisse d’activité est totale. On est même obligés de fermer plus tôt », lance de son côté le responsable d’un restaurant situé place de la République. Selon la commerçante du boulevard Voltaire, « #NuitDebout vient effectivement aggraver notre situation post-attentat ». « Désormais, au moindre mouvement nous sommes impactés. En fait, nous n’avons toujours pas une activité normale d’arrondissement », déplore cette jeune fille.