Paris: La ville de Paris et la préfecture de police ont-elles failli à Château-Rouge ?

JUSTICE Le tribunal administratif de Paris s’est penchée sur la question ce mardi midi, après qu’une association de riverains de la rue Dejean ait attaqué la ville et l’Etat pour leur incapacité à lutter contre les vendeurs à la sauvette…  

Fabrice Pouliquen

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L'association Vie Dejean ont attaqué la ville de Paris et l'Etat pour leur inefficacité à assurer la sécurité et la propreté de la rue Dejean, dans le quartier Château-Rouge.
L'association Vie Dejean ont attaqué la ville de Paris et l'Etat pour leur inefficacité à assurer la sécurité et la propreté de la rue Dejean, dans le quartier Château-Rouge. — F. Pouliquen / 20 Minutes

3.000 euros au titre de l’insécurité et 1.000 euros au titre de l’insalubrité. Voilà la solution proposée au tribunal administratif de Paris par le rapporteur public, ce mardi midi, dans l’affaire qui oppose l’association de riverains Vie Dejean à la préfecture de police de Paris et à la ville.

Au cœur du conflit : les 80 mètres de long la rue Dejean à Château-Rouge, « occupés chaque jour, parfois jusqu’à minuit, par des vendeurs à la sauvette. Les riverains en dénoncent les conséquences : « Les difficultés à circuler, la saleté de la rue, l’agressivité des vendeurs… », liste Yveline Piarroux, secrétaire de Vie Dejean. L’association attaque surtout en justice la préfecture de police et la mairie pour leur incapacité à faire respecter la sécurité et la propreté de leur rue.

Décision sous quinze jours

Le tribunal administratif rendra sa décision sous les quinze jours. Mais maîtres Guillaume Bazin et Guillaume Jeanson, avocats de Vie Dejean, avaient le sourire à l’issue de l’audience. Le compte rendu du rapporteur public était globalement en leur faveur. Le magistrat a souligné le nombre important de pièces réunies par l’association montrant que « les mesures prises par le préfet de police n’ont pas permis de faire cesser les nuisances. »

La situation est pourtant bien connue. Le rapporteur public cite un courrier d’un syndicat policier de juillet 2013 alertant sur les importantes difficultés rencontrées dans la Zone de sécurité prioritaire (ZSP) du 18e arrondissement, qui inclut la rue Dejean. « Les policiers ne sont pas assez nombreux pour enrayer l’évolution de cette situation de plus en plus violente. […] Jets de bouteilles, insultes, coups, menaces, encerclement deviennent quotidiens. »

Un courrier de la ville de Paris, versé au dossier, mentionne aussi que les services de nettoyage ont été limités à la suite de l’agression d’agents de la ville. Il y a eu trois agressions physiques signalées en 2013, trois agressions verbales en 2014 et encore deux en 2015. « Aussi regrettable que soit cette situation, elle ne peut justifier les insuffisances graves en matière d’insalubrité publique constatées rue Dejean », estime toutefois le rapporteur public.

Une carence de l’Etat et de la ville ?

La préfecture de police et la ville de Paris refusent en tout cas qu’on leur reproche leur inaction à Château-Rouge. « De nombreuses mesures y ont été mises en œuvre, a insisté au tribunal le représentant de la préfecture de police de Paris. Intégrée dans une des ZSP créée par Manuel Valls en 2012, la rue Dejean bénéficie à ce titre d’une présence policière renforcée, de vidéoprotection…

Le représentant de la mairie de Paris a lui insisté sur le fait que « le secteur Dejean est le seul de la capitale à être nettoyé quatre fois par jour toute l’année ». Des correspondants de nuits sont mobilisés de 14h à 22h le week-end et plusieurs dizaines d’opérations coups de poing ont été menées en 2015 avec des verbalisations au titre du manquement aux règles de la salubrité. »

« Les vendeurs à la sauvette ne fuient même plus »

Mais pour Vie Dejean, rien ne change au pied des immeubles. « La situation empire même, constate Yveline Piarroux. Les vendeurs à la sauvette ne fuient même plus à l’arrivée de la police. Ils se contentent de ranger leurs étals. »

D’où ces poursuites judiciaires, justifie maître Guillaume Bazin. « Rue Dejean, le problème dure depuis vingt ans. Nous avons alerté les pouvoirs publics par de nombreuses lettres et des pétitions. Cette action en justice, inédite dans ce quartier, est un moyen de confronter l’Etat et la ville de Paris à leurs responsabilités. »