Paris: La réforme de la restauration scolaire ne fait pas l’unanimité auprès des parents d’élèves

SOCIAL Un comité des arrondissements en présence des vingt maires se tient ce mercredi autour d’Anne Hidalgo. L’épineuse réforme de la restauration scolaire sera notamment évoquée…

Romain Lescurieux

— 

Une cantine scolaire.
Une cantine scolaire. — "FRED SCHEIBER/20 MINUTES/SIPA"

« C’est catastrophique ce qui est train d’arriver. Ce projet, c’est de l’enfumage » lance à l’autre bout du téléphone une représentante de parents d’élèves des 15e et 5e arrondissements. « Il n’y a eu aucune consultation avec les parents. Nous avons découvert cette réforme en discutant avec le directeur de caisse de l’arrondissement », poursuit-elle, désabusée.

Car d’ici 2018, c’est tout le système des cantines à Paris qui va être repensé. Dans ce sens, le sujet doit être évoqué ce mercredi par Anne Hidalgo en comité des arrondissements, réunissant les vingt maires, dont certains de droite sont contre cette réforme (voir encadré). Egalement opposés à ce projet, des parents d’élèves comptent aussi s’inviter sur le parvis de l’Hôtel de Ville pour interpeller la Mairie et faire part de leur mécontentement. Mais concrètement, qu’est-ce qui va changer ?

« Au moins 50 % la part d’aliments bios et durables dans les assiettes de toutes les écoles »

Actuellement, vingt caisses des écoles autonomes gèrent les repas de plus de 135.000 enfants parisiens, de la préparation au service en passant par le paiement. « Cette organisation ancienne est source d’inégalités de traitement entre les enfants », note la mairie de Paris précisant par exemple que « la part de produits issus de l’agriculture biologique et durable servis dans les écoles varie selon les arrondissements ». Le 2e connaît ainsi une part de 74 % de bio dans ses cantines, quand d’autres quartiers n’en dépassent pas les 4 %, notamment le 8e.

Alors, pour tout remettre à plat, la restauration scolaire sera gérée par un seul et même établissement public et central. Objectif : Préparer 22 millions de repas par an pour tous les enfants en portant à « au moins à 50 % la part d’aliments bios et durables dans les assiettes de toutes les écoles d’ici 2020 », assure-t-on à la Mairie. Et ce, « sans retour en arrière pour les arrondissements qui sont déjà au-delà », ajoute-t-on et « sans augmentation des tarifs », précise de son côté Anne Hidalgo dans une lettre adressée à tous les parents d’élèves parisiens. Mais certains ne croient pas du tout en ce projet de réforme. « Indignés », disent-ils, ils comptent ne rien lâcher.

« Tout le monde va être bouffé à la sauce Sodexo »

« A l’heure actuelle, deux types de préparation coexistent : certaines caisses ont mis en place une cuisine de qualité, faite sur place ; d’autres, ont déjà recours à une cuisine externalisée réchauffée sur place », écrivent les parents dans une lettre adressée à Alexandra Cordebard, adjointe de la maire de Paris, chargée de toutes les questions relatives aux affaires scolaires. Et selon la représentante de ces parents en colère, « tout le monde va être bouffé à la sauce Sodexo » à cause de cette réforme. « Je ne vois pas comment ils vont faire autrement pour atteindre leur objectif », ajoute-t-elle.

Alors, ces parents disent vouloir « une réforme juste qui garantisse enfin à tous les enfants de tous les arrondissements de Paris des repas composés avec un minimum de 65 % de produits bio (…) sans intervention d’entreprises de restauration collective industrielle ». Ils préconisent davantage une reprise en main des caisses d’arrondissement en difficulté plutôt qu’une « grande cuisine de la ville ». Alexandre Cordebard de son côté tient à rassurer les parents et rappeler le caractère égalitaire de la réforme.

La cuisine externalisée réchauffée sur place va « plutôt diminuer qu’augmenter »

« L’idée est de municipaliser la gestion de la restauration scolaire pour créer un véritable service afin d’augmenter la qualité globale », insiste Alexandra Cordebard. Soit, « réinstaurer une égalité entre tous les enfants du point de vue du contenu de l’assiette. Améliorer le système de paiement pour les parents. Et garantir des conditions d’emplois équivalentes et dans de bonnes conditions », détaille-t-elle, en précisant que la cuisine externalisée réchauffée sur place va « plutôt diminuer qu’augmenter ».

« Nous allons garder toutes les cuisines d’arrondissements. Et les commandes seront groupées pour dégager de l’argent qui sera réinvesti dans le bio », assure-t-elle. Et tient à rappeler qu’une grande enquête en ligne est lancée depuis trois semaines et jusqu’au 19  mai auprès des parents pour qu’ils expriment « leurs souhaits et leurs critiques » afin de « les intégrer dans la construction du modèle ».

Ils sont huit. Huit maires (LR) à demander l’abandon de ce projet. Parmi eux, Florence Berthout, maire du 5e arrondissement, Jean-Fançois Legaret, maire du 1er arrondissement ou encore Claude Goasguen du 16e. Avec la présidente du groupe LR, Nathalie Kosciusko-Morizet, ils déposeront un voeu au prochain conseil de Paris qui se tient les 17, 18 et 19 mai.