Nuit Debout: Des riverains et commerçants de la place de la République perdent patience

PLACE DE LA REPUBLIQUE Le Comité République, tout juste constitué, dénonce tant les nuisances sonores que les dégâts constatés chaque matin. Et rêve d’une chose : que Nuit Debout se poursuive dans une salle fermée…

Fabrice Pouliquen

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Même si la ville de Paris la nettoie chaque matin, la place de la République porte les stigmates de la vie intense qui l'anime chaque soir depuis un mois.
Même si la ville de Paris la nettoie chaque matin, la place de la République porte les stigmates de la vie intense qui l'anime chaque soir depuis un mois. — F. Pouliquen / 20 Minutes

C’est un coin de Paris qui s’affiche quasi tous les soirs dans les JT des chaînes d’information en continu . La place de la République est devenue le cœur névralgique de la capitale, la place forte du souvenir après les vagues d’attentats essuyées à Paris en 2015, puis celle de la contestation depuis que La Nuit debout y a pris ses quartiers le 31 mars dernier.

« Ça use »

« Et ça use », déplore Marie-Jo Ozenne, une « habitante révoltée ». Le 26 avril, elle a lancé avec une dizaine de personnes le collectif «République en colère» et tente depuis de mobiliser les riverains et les commerçants du quartier République-Ambroise excédés par les nuisances engendrées par la Nuit Debout.

Marie-Jo Ozenne, membre des Républicains mais qui assure son collectif apolitique, évoque tant les nuisances sonores que les dégâts qu’elle constate chaque matin : « Des voitures désossées, des vitres de commerces cassées, du mobilier urbain détruit, de l’urine contre les murs… sans parler du monument à la République, au centre de la place, tagué. »

Pour donner plus de poids à son discours, République en colère a au préalable fait circuler un questionnaire auprès des commerçants du quartier. « Nous avons eu beaucoup de retours ces derniers jours, explique Sylvain, également dans ce Comité République. Certains commerçants nous parlent d’une baisse de chiffre d’affaires de 40 à 50 %. »

Déjà l’impact du 13 novembre…

Pourtant, dans les boutiques, le discours est plus nuancé. A commencer dans les boutiques de prêt-à-porter qui ont leur vitrine sur la place de la République. « Nous fermons chaque soir à 19h, alors que les manifestants de Nuit Debout arrivent à peine. Cela n’impacte pas vraiment notre activité », témoigne-t-on à Basta ou à Sergent Major.

Finalement, il faut pousser un peu plus loin,boulevard Voltaire, rue Jean-Pierre Timbaud et rue Oberkampf, pour trouver des commerçants en colère. « Les difficultés remontent aux lendemains des attentats du 13 novembre, raconte Michel, qui tient une boutique de prêt-à-porter dans la rue Oberkampf. On est à deux pas du Bataclan. Notre quartier est devenu un lieu de recueillement. C’est tout à fait normal, mais sur la durée, c’est pesant et financièrement, on en a souffert. »

Cette période a pris fin avec le début des travaux au Bataclan. « Mais alors qu’on pensait à un nouveau départ, le mouvement Nuit debout a commencé », poursuit Michel. La casse, lorsqu’il y en a eu, n’a pas touché directement les petits commerces. Comme cette nuit de début avril où de nombreuses vitrines du boulevard Voltaire ont volé en éclats. « Les casseurs ont visé avant tout les vitrines des assurances, des banques ou des boutiques qu’ils assimilent au grand capital », explique un caviste de la rue Jean-Pierre-Timbaud.

« Quelle image donne-t-on du quartier ? »

« Oui, mais quelle image donne-t-on du quartier ?, interroge Agnès, la gérante de la librairie Appel, boulevard Voltaire. Vous avez envie de vous balader le week-end dans un quartier où les vitrines sont cassées, où on trouve des bris de verres sur la route, où la bouche de métro a été incendiée ? Et à la télé, on voit toutes les cinq minutes des gens gazés sur la place… On est passé d’un quartier populaire à un quartier bobo et maintenant à un quartier craignos. » Et puis il y a ce bruit incessant des sirènes, signalent plusieurs commerçants de la rue

Alors que faire ? République en colère veut le classement du quartier République-Saint-Ambroise en zone sinistrée afin notamment « d’obtenir à titre temporaire une exonération de certaines taxes parisiennes voire une aide financière ». Il aimerait aussi que Nuit Debout ne se rassemble plus place de la République « mais dans une salle fermée – la Bourse du Travail par exemple- où il serait justement plus facile d’interdire l’accès aux casseurs », avance Sylvain.

La ville de Paris n’a pas le pouvoir de refuser une manifestation ou de lui imposer un lieu. En revanche, la préfecture de police peut, sous certaines conditions, avoir son mot à dire. Contactée à ce sujet par 20 Minutes, elle n’a pas donné suite à nos questions.