#NuitDebout: Un mois après sa naissance et l’étape du 1er mai, quelles suites pour le mouvement?

REPORTAGE Le mouvement #NuitDebout continuera-t-il avec ou sans les syndicats ? Éléments de réponses dans le cortège du 1er mai et sur la place de la République…

Romain Lescurieux

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Philippe Martinez le 28 avril 2016 place de la République devant les participants à "Nuit debout" à Paris
Philippe Martinez le 28 avril 2016 place de la République devant les participants à "Nuit debout" à Paris — JOEL SAGET AFP

Je t’aime, moi non plus. Ce 1er mai, plusieurs milliers de personnes ont défilé à Paris et à travers la France, pour réclamer le retrait de la loi El Khomri. Une journée marquée par le rapprochement de la CGT et FO qui ont marché côte à côte pour la première fois depuis plusieurs années, et la volonté de la part de certains responsables syndicaux de se rendre sur la place de la République à l’occasion d’une nouvelle #NuitDebout. Une sorte de réponse à un carton d’invitation.

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Le réalisateur de Merci Patron, François Ruffin, qui voulait faire « un très gros 1er mai, à la fois festif et politique », tout en continuant le rapprochement avec les syndicats opposés à la loi El Khomri avait en effet appelé la Bourse du Travail, les « deboutistes » à s’unir avec les syndicats. Mais cette fameuse « convergence des luttes » est-elle aussi simple à mettre place ? Alors que s’ouvre le 3 mai, le débat sur le projet de loi Travail à l’Assemblée nationale.

« Je suis pour, mais je ne suis pas certain que #NuitDebout veuille de nous »

Au milieu du cortège parti de Bastille quelques minutes plus tôt, et au moment où un important cordon policier se déploie, Isidora, donne sa vision des choses. « On arrive à un point de convergence, c’est certain. Des moments de retrouvailles sont inévitables. Mais il ne faut pas faire du psycho-social rigide », explique cette membre CGT Education, qui ne prévoit pas de passer ce dimanche à République, évoquant « quelque chose d’un peu foireux ». « Je ne juge pas utile d’y aller », balaye également une adhérente de Force ouvrière. Un peu plus loin, près des enceintes, Ben, banderole au bout des doigts, mise davantage sur l’action syndicale.

« Je préfère continuer de manifester loin des rassemblements à République. J’approuve. Mais #NuitDebout, c’est plus pour les jeunes avec des revendications plus larges. Et c’est important, car c’est leur avenir », détaille ce membre CGT 93, alors que Philippe Martinez, le secrétaire général du premier syndicat de France, a déclaré jeudi place de la République être « pour la convergence des luttes », précisant que « les valeurs de la CGT sont compatibles avec #NuitDebout ». « Je suis pour, mais je ne suis pas certain que #NuitDebout veuille de nous », s’exclame soudain un cinquantenaire dans le défilé.

« S’ils nous soutiennent, c’est bien mais ce n’est pas une nécessité »

Pendant que le cortège se dirigeait vers la place de la Nation, une nouvelle #NuitDebout s’éveillait à République. Soit un #62Mars – selon le calendrier « deboutiste » - marquant l’anniversaire du mouvement (un mois) et la fête du travail. Une étape majeure, donc, dans la poursuite des rassemblements. Mais avec ou sans les syndicats ? « Nous nous sommes débrouillés pendant plusieurs semaines sans la présence de syndicats. S’ils nous soutiennent dans notre lutte, c’est bien mais ce n’est pas une nécessité », affirme Anne, 24 ans, rattachée à la coordination du mouvement #NuitDebout.

Selon elle, « la crainte d’une récupération du mouvement reste vive ». Mais elle précise toutefois qu’ils peuvent « évidemment venir et il y en a déjà », « mais en tant qu’individus ». En début de soirée, la place continuait toujours de se remplir. Sans l’ombre d’un drapeau syndical.