VIDEO. Paris: Avec Grand Train, les bobos vont une nouvelle fois débarquer à Marcadet

REPORTAGE L’an dernier, l’ouverture d’un bar éphémère dans ce quartier peu côté du 18e arrondissement avait fait venir 200.000 Parisiens de tout horizon. Une nouvelle saison commence samedi…

Fabrice Pouliquen

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Le lieu éphémère Grand Train ouvre ce samedi au 26 ter de la rue Ordener dans le quartier Marcadet.
Le lieu éphémère Grand Train ouvre ce samedi au 26 ter de la rue Ordener dans le quartier Marcadet. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Ne cherchez pas Marcadet dans les guides touristiques. Ce coin du 18e, derrière la Butte Montmartre, ne fait pas partie des passages obligés lorsqu’on visite Paris. « La partie intéressante de l’arrondissement commence à Jules-Joffrin, pas très loin de là, reconnaît Alena Vencovska, présidente ducollectif Ornano, qui regroupe des riverains du quartier. Chez nous, il y a peu de passage car il n’y a pas d’attraits culturels ou historiques, ni de lieu de vie nocturne. »

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Grand Train pourrait rabattre les cartes. Ce samedi, le collectif Ground Control et la SNCF ouvrent ce lieu culturel alternatif et éphémère au 26 ter de la rue Ordener, dans un ancien atelier de réparation de locomotives.

« A minuit, ils débarquaient dans nos cafés »

Derrière, il y a la promesse de faire descendre des centaines de milliers de Parisiens à la station Marcadet-Poissonnier. L’an dernier, cela avait très bien marché. Ground Control avait déjà créé un bar autoproclamé « libre et curieux », à la même adresse. « Nous avions accueilli 200.000 personnes de mai à octobre », se souvient Denis Legat, du collectif.

Ils venaient boire, manger, s’allonger dans un transat, jouer aux boules, participer à un atelier couture. « Et puis à minuit, lorsque Ground Control fermait, ils débarquaient dans nos cafés, raconte Momo, le propriétaire du bar-brasserie Les Deux Marches, juste en face du site de la SNCF. Ici, on a l’habitude de fonctionner avec une clientèle d’habitués. Ground Control nous a bien aidés à faire marcher nos commerces. » Un peu plus loin dans la rue, un autre Momo, propriétaire lui de la brasserie « Le va-et-vient du Nord », raconte la même histoire. « J’ai vu à ma terrasse des habitants du 16e arrondissement ou de Neuilly-sur-Seine », rigole-t-il.

« Oui des bobos »

Des bobos ? « Oui des bobos, tranche sans hésiter Ali, qui tient un restaurant dans la rue Marcadet à deux pas de là. N’ayons pas peur du mot. De toute façon, à partir du moment que quelqu’un gagne un peu d’argent, on dit qu’il est bobo. » Mais les trois commerçants l’assurent : ces « bobos » n’ont jamais posé de souci dans leurs établissements. Alena Vencovska se souvient même de soirées sympas où ces Parisiens venus d’ailleurs se mêlaient aux habitants du quartier au bar Le Repaire sur la place Ordener.

Du coup, ils sont nombreux dans le quartier Marcadet à attendre avec impatience le retour du collectif Ground Control samedi. D’autant que le collectif change de braquet cette saison. Alors que Ground Control se limitait pour l’essentiel à un bar en extérieur, Grand Train [son nouveau nom] investira les 2,5 hectares du site. Sont prévus une exposition de locomotives, une salle de projection, huit restaurants et six bars, une épicerie… « Nous attendons 400.000 visiteurs cette fois-ci », espère Denis Legat.

« Garder la même dynamique l’an prochain »

Mais attention à ne pas trop s’y habituer. Car c’est d’ores et déjà certain : il n’y aura pas de troisième saison rue Ordener. Le site est en passe d’être vendu pour y construire des logements notamment. Les travaux devraient commencer l’an prochain. A Marcadet, commerçants et habitants sont au courant de l’opération immobilière. Le gérant des Deux Marches se veut positif. « Ground Control nous faisait vendre de la bière, sourit-il. Ce chantier devrait aussi nous apporter une nouvelle clientèle. Rien que les ouvriers, le midi. »

Alena Vencovska, elle, espère tout de même que ce projet s’appuiera sur la dynamique créée par Ground Control. « Nous espérons qu’il n’y aura pas que des logements sociaux dans cette opération immobilière. Pourquoi pas non plus y prévoir une salle de spectacle ou une extension pour le conservatoire de l’arrondissement ? Histoire de faire vivre le quartier. »