Paris: Une centaine de réfugiés prennent possession d’un lycée désaffecté du 19e

REFUGIES Depuis minuit, des réfugiés qui campaient jusque-là à la station de métro Stalingrad occupent le lycée technique Jean-Jaurès…

Fabrice Pouliquen

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Le lycée Jean-Jaurès dans le 19e arrondissement est occupé depuis ce vendredi, minuit, par des migrants.
Le lycée Jean-Jaurès dans le 19e arrondissement est occupé depuis ce vendredi, minuit, par des migrants. — Capture d'écran / Google Map

Dans la nuit de jeudi à vendredi, vers minuit, une centaine de réfugiés ont pris possession du lycée technique désaffecté Jean-Jaurès, rue Clavel, dans le 19e arrondissement. Des Afghans, des Pakistanais, des Yéménites, des Soudanais…

« Puisqu’Anne Hidalgo a dit que Paris était ville refuge »

« Ces personnes faisaient partie des 450 migrants vivant dans le camp de fortune qui s’était créé à Stalingrad, sous le métro, indique Valérie Osouf, de La Chapelle Debout. Les conditions de vie étaient déplorables. Il y a eu des cas de gale, de tuberculose… »

C’est ce collectif, La Chapelle Debout, créé pour venir en aide aux migrants dans la foulée de l’évacuation policière de la Halle Pajol, en juillet 2015, qui a chapeauté l’occupation du lycée Jean-Jaurès, propriété de la région Ile-de-France. « Nous ne faisons qu’appliquer à la lettre les paroles d’Anne Hidalgo, qui a déclaré Paris comme ville refuge, reprend Valérie Osouf. Nous occupons ainsi un lycée inoccupé depuis plusieurs années. Cette occupation doit servir de levier pour entamer une négociation visant à améliorer le sort de ces réfugiés. »

« Mieux s’organiser qu’à Jean-Quarré »

L’opération n’est pas sans rappeler l’occupation du lycée Jean-Quarré par des migrants fin juillet 2015. « Nous espérons toutefois que cela se passera mieux cette fois, poursuit Valérie Osouf. Le bâtiment est en meilleur état. Il y a une cantine, des douches… » La Chapelle Debout entend aussi mettre en place une organisation plus structurée qu’à Jean-Quarré. « L’occupation avait commencé fin juillet avec 150 migrants pour 1.300 occupants au moment de l’évacuation [fin octobre], rappelle Valérie Osouf. L’idée, cette fois-ci, est de fixer un quorum. A 300 occupants par exemple. Puis de créer une liste d’attente. »

Deux revendications

Les occupants du lycée Jean-Jaurès ont deux revendications principales. « La première est l’harmonisation des centres d’accueil pour migrants, indique Valérie Osouf. Car aujourd’hui, certains de ces centres proposent des assistances sociales, un suivi juridique, des cours de français… Et dans d’autres structures d’accueil, il n’y a strictement rien. »

La deuxième revendication concerne l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), qui traite les dossiers de demandes d’asile. « Normalement, l’asile est octroyé sur des critères de persécution individuelle, mais les réfugiés constatent qu’il y a comme des quotas par pays. Un Syrien verra son dossier traité plus rapidement qu’un Irakien et plus rapidement encore qu’un Erythréen ou un Soudanais. Ils demandent donc plus de transparence dans le traitement des dossiers. »

Des premières réactions politiques

Le groupe Front national au conseil régional d’Ile-de-France a rapidement réagi à cette occupation. Wallerand de Saint-Just, son président, dénonce « un laxisme complaisant des autorités » qui a encouragé cette occupation. « Le Front national condamne vivement cette nouvelle occupation d’un bâtiment public et tient particulièrement à apporter sa solidarité aux riverains du lycée Jean-Jaurès », déclare le FN dans un communiqué.

Joint par 20 Minutes, Anne Souyris, co-présidente du groupe écolo au conseil de Paris, voit dans cette occupation le manque de rapidité de la ville de Paris pour créer des places d’accueil pour ces réfugiés. « Nous avions tout de même voté l’été dernier un vœu pour dire que chaque arrondissement devait avoir un lieu pour accueillir les réfugiés, rappelle-t-elle. On est très très loin du compte aujourd’hui et ce qui s’est passé dans le 16e, mi-mars, [des participants à une réunion publique s’étaient vivement opposés au projet d’un centre d’accueil pour SDF à l’orée du bois de Boulogne] n’invite guère à l’optimisme. »