Paris: Quand l’unité d’élite de la propreté passe à l’action après #NuitDebout

NETTOYAGE Tous les matins, depuis le début du mouvement #NuitDebout, la Fonctionnelle - une unité de nettoyage spécialisée dans les manifestations et accidents de la route - intervient à République pour faire place nette…

Romain Lescurieux

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Lassana, 42 ans, travaille à la Fonctionnelle depuis 2006
Lassana, 42 ans, travaille à la Fonctionnelle depuis 2006 — R.LESCURIEUX

Quatre cars de police quadrillent la place de la République. Il est 6h30, ce jeudi. Une nouvelle #NuitDebout vient de s’achever et les équipes de propreté s’activent depuis près d’une heure sur la dalle. Sous le coup des aspirateurs, des canettes et des objets non identifiés virevoltent. Les gestes sont calibrés.

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« Moi, je balaye les bouts de verre, certains passent l’aspi et la laveuse, et un autre collègue équipé d’une combinaison spéciale et d’un masque traite le coin à pisse », détaille Lassana, 42 ans, salarié depuis 2006 de la Fonctionnelle ou plutôt la « Fonc » : l’unité d’élite de la propreté à Paris.

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Du Bataclan à la Techno Parade en passant par #Nuit Debout

Rattachée au service propreté de la Mairie, « la Fonctionnelle répond à toutes les opérations exceptionnelles de propreté à Paris qui ne peuvent pas être traitées par les divisions d’arrondissement. Parce que cela nécessite du matériel particulier ou des horaires spécifiques », explique Dominique Ouazana, ingénieure-responsable de la Fonctionnelle. Les missions de cette unité composée de 400 personnes sont donc très variées.

La place de la République ce jeudi matin
La place de la République ce jeudi matin - R.LESCURIEUX

Manifestations festives (Gay Pride, Techno Parade, Solidays), sportives (Marathon, Color Run, Fan Zone de l’Euro 2016) et revendicatives… la « Fonc » gère aussi le nettoyage du périphérique, des berges de Seine et de zones beaucoup plus sensibles et dramatiques. Comme les accidents de la route, les bagarres de rue et les scènes de crime ou d’attaques terroristes (Hyper Cacher, Carillon, Bataclan). « La Fonctionnelle est en mesure d’intervenir 24h sur 24, 7 jours sur 7 », explique-t-elle. Alors, dès le lendemain de la première #NuitDebout, le 1er avril, la Mairie a logiquement fait appel à cette brigade.

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« Depuis le début du mouvement, nous venons tous les matins en renfort de la division d’arrondissement avec une équipe d’intervention d’une dizaine de personnes », affirme Basile Saint-Carlier, chef-adjoint de l’unité. « Au début c’était un peu compliqué car les gens dormaient sur place. Donc nous attendions que la police intervienne. Maintenant, quand on arrive il n’y a déjà plus personne. Et moins de gros déchets », enchérit la supérieure.

« Entre 40 et 200 mètres cubes de détritus tous les matins »

Un homme dort sur le socle de la Marianne sous le regard de quatre policiers en faction. Aux pieds des poubelles et des bennes, les tessons de bouteilles se mélangent aux boîtes jaunes de kebab encore maculées de ketchup. « C’est plus sale qu’hier », analyse Lassana, avant de dresser une liste des déchets recensés depuis trois semaines. Et ce, malgré les appels des organisateurs de #NuitDebout à se responsabiliser.

« Nous ramassons beaucoup de bouts de verre, des planches, des palettes, des canettes, de la nourriture, des tentes, des cordes, des selles, des affaires », énumère-t-il, en donnant un grand coup de balais. Selon lui, « entre 40 et 200 mètres cubes de détritus sont récoltés tous les matins ». « C’est variable mais ça reste toujours sale surtout le week-end mais bon, c’est notre boulot », dit-il en marchant près d’un banc sur lequel est tagué « Nuit Debout ». « Après, je comprends les revendications », lâche-t-il, enroulé dans sa veste verte.

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« Si j’avais la possibilité de participer à #NuitDebout, je le ferais »

« On est tous concernés par ce projet de loi travail. Si ce n’est pas moi, c’est mon fils. Donc c’est normal et légitime de manifester. Si j’avais la possibilité de participer, je le ferais et je viendrais à #NuitDebout. Mais c’est compliqué car je commence à 4h du matin et je termine à 13h52 », souffle cet habitant de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).

Paris, le 3 avril 2016, place de la République. Des personnes à la quatrieme «Nuit Debout.»
Paris, le 3 avril 2016, place de la République. Des personnes à la quatrieme «Nuit Debout.» - Tristan Reynaud/SIPA

A 7 heures, les voitures-balais s’activent à toute berzingue. Les jets d’eau fusent. « A partir de 8h, il y a beaucoup de monde et de passage sur la place. Donc pour travailler en sécurité, nous essayons de terminer avant », note Basile Saint-Carlier. « D’autant qu’à tout moment, si un accident sur la voie publique survient, une partie de l’équipe peut être décrochée pour intervenir », rappelle-t-il. Car la journée est en effet loin d’être terminée pour la Fonctionnelle. « Une équipe part nettoyer la Foire du Trône », lance Dominique Ouazana. Lassana, lui, va prendre sa pause. Et attendre d’être appelé pour une éventuelle intervention d’urgence.