Paris: «La Formula E va accélérer les innovations technologiques»

INTERVIEW Pour la première fois, la capitale accueille une manche de la Formula E. Eric Barbaroux, cofondateur de l'épreuve, présente cet équivalent de la Formule 1 pour les voitures électriques…

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

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Le pilote français Stephane Sarrazin au volant de sa formula E lors du Grand prix de Long Beach en Californie.
Le pilote français Stephane Sarrazin au volant de sa formula E lors du Grand prix de Long Beach en Californie. — Gus Ruelas/AP/SIPA

Elles ne feront pas beaucoup de bruit, mais fileront tout de même à plus de 200 km/h en plein Paris samedi. Elles, ce sont les bolides électriques du championnat de Formula E (électrique). Ce championnat, qui compte dix circuits, s’arrête pour la première fois à Paris où Eric Barbaroux, l’un des cofondateurs de la Formula E, espère revenir désormais chaque saison.

Le Grand prix se disputera en 43 tours d’un circuit qui cerne l’Hôtel des Invalides. Les Formula E devraient boucler la course en moins d’une heure. L’événement se jouera à guichets fermés, mais sera retransmis sur Canal + à partir de 15 h 30. Eric Barbaroux en dit plus à 20 Minutes.

Qu’est-ce qui différencie une Formula E d’une Formule 1 classique ?

Extérieurement, pas grand-chose. Le design est celui d’une monoplace classique. On dit souvent que les voitures électriques sont des pots de yaourt, des véhicules très lourds. Le challenge de ce championnat, c’est justement de montrer qu’un véhicule fin, profilé, aérodynamique, comme peut l’être une Formule 1, peut être électrique. Après, il faut avoir en tête que la voiture électrique a 100 ans de retard sur la thermique. Aujourd’hui, on n’a ni l’autonomie, ni la vitesse d’une F1.

A combien monte une Formula électrique ?

Elle pourrait aller à 240-250 km/h. Mais sur un petit circuit en ville comme celui de Paris, les pilotes se limiteront à 200 km/h [une Formule 1 grimpe à 360, voire 370 km/h].

Et pourquoi les pilotes doivent-ils changer de voiture à mi-course ?

C’est une autre particularité des courses Formula E. Les voitures n’ont pas l’autonomie suffisante pour boucler les 43 tours. On aurait pu se contenter de changer les batteries. Mais, l’opération nécessite des manipulations complexes et longues. Nous ne voulions pas du tout que les mécaniciens le fassent sous pression. Il y a tout de même 800 volts sous le capot.

Puisque cela va moins vite, est-ce qu’il y a un intérêt à regarder le Grand prix de samedi ?

Ce sera un vrai show. Il y a des pilotes de très haut niveau en Formula E. Pour la majorité, ils sont professionnels et sont passés par des écuries de Formule 1. Et puis, la lutte est serrée entre les écuries. La première année, tout le monde avait le même matériel. La FIA (Fédération internationale de l’automobile) a ouvert la réglementation moteur pour cette deuxième saison. Il y a aujourd’hui huit moteurs différents dans les dix voitures en lice. Cela amène les technologies à se confronter.

Y a-t-il un Frenchy à supporter samedi ?

Plusieurs même. Il y a une écurie 100 % française, e.dams, qui associe un superbe team manager, Jean-Paul Driot, à un très grand nom de la Formule 1 : Alain Prost [Nicolas Prost, fils d’Alain, est l’un des deux pilotes de l’écurie]. Et puis il y a DS Virgin Racing, une écurie moitié française et moitié anglaise, qui a pour pilote le très prometteur Jean-Eric Vergne, un Français lui aussi. [Stéphane Sarazzin et Loïc Duval sont deux autres pilotes français engagés dans ce championnat].

La Formula E est-elle un jour appelée à remplacer la Formule 1 ?

Je vois plus la Formula E comme l’ambassadeur de la voiture électrique. Et tant qu’elle reste largement minoritaire dans la vie de tous les jours, son ambassadeur ne peut pas être sur le devant de la scène. Cela étant, je suis impressionné par la rapidité avec laquelle la Formula E creuse son trou. Dans l’innovation, dans l’intérêt qu’on porte à la compétition… Samedi, pour couvrir la course, Canal + prévoit un dispositif comparable à ce qu’elle déploie pour une course F1.

Que peut apporter la Formula E au développement de la voiture électrique ?

La Formula E va accélérer les innovations technologiques. On le voit déjà dans la compétition entre les écuries. Sur la régénération d’énergies au freinage par exemple, les écuries ont beaucoup progressé dans la préparation des voitures. Et puis, au-delà de la technologie, ce championnat de Formula E est aussi un formidable outil de promotion de la voiture électrique au grand public. Ce championnat est la preuve de ce qu’on sait faire aujourd’hui en voiture électrique.