Le Pass contraception a été lancé en 2011 en Île-de-France après une expérimentation en région Poitou-Charentes.
Le Pass contraception a été lancé en 2011 en Île-de-France après une expérimentation en région Poitou-Charentes. — Mychele Daniau afp.com

SANTE

Arrêt du Pass contraception en Ile-de-France: Peut-on vraiment parler d'un «échec»?

Le conseil régional a acté la suppression de la mesure le 7 avril, expliquant que très peu de jeunes avaient recours au Pass contraception…

« Un échec », c’est en ces termes que Valérie Pécresse, présidente (LR) de la région Ile-de-France, a qualifié, dans un article publié par Le Monde, le « Pass contraception ». Ce dispositif lancé en 2011 après une première expérimentation en Poitou-Charentes, permettait aux jeunes Franciliens âgés de 15 à 16 ans et scolarisés de bénéficier de consultations médicales, d’un dispositif de contraception ou encore d’une prise de sang en vue d’un dépistage. Gratuit et anonyme, il se présentait sous la forme d’un chéquier sans valeur financière, doté de plusieurs coupons à présenter aux professionnels de santé.

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Un faible taux d’utilisation

Farida Adlani, vice-présidente de la région en charge de l’action sociale, accuse les élus socialistes « d’hypocrisie » : « Nous n’avons pas supprimé le Pass contraception puisqu’il n’était déjà plus en service depuis l’année dernière ! En 2015, 20 000 euros étaient alloués à la mesure et pas un centime n’a été dépensé puisqu’aucun pass n’a été distribué. Pire, en cinq ans, il n’y a eu que 2.000 demandes sur l’ensemble des 500 lycées d’Ile-de-France ! ».

Dans un rapport publié en avril 2015 par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), ce faible taux d’utilisation était déjà souligné. L’étude, qui se focalisait sur quatre régions (Poitou-Charentes, Rhône-Alpes, Aquitaine et Pays de la Loire), analysait les causes de ce faible engouement : « Ce bas taux de recours aux pass régionaux s’explique en grande partie par les complexités multiples que les jeunes doivent traverser pour parvenir à dépenser les coupons des chéquiers ». Des canaux de distribution trop restreints, des modalités d’utilisation complexes ou l’absence de professionnels acceptant les pass expliqueraient selon l’Igas cet « échec ». Le manque de communication autour du dispositif est également pointé du doigt par les pharmaciens et gynécologues.

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Des informations parcellaires

Parmi ces professionnels de santé, Danielle Hassoun, gynécologue dans le 11e arrondissement de Paris. « Depuis la mise en place du pass, je n’en ai jamais distribué, la communication n’a pas été très bien faite et j’ai le sentiment que les médecins ont été très peu informés à ce sujet. Ça fait partie de ces “fausses bonnes idées” », témoigne la praticienne.

Une absence de communication qui ne justifie pas, selon les associations féministes, l’arrêt pur et simple du dispositif. Marie Allibert, porte-parole de l’association Osez le Féminisme, regrette cette décision : « Peut-être que le taux de distribution était faible, mais il fallait essayer de valoriser le pass au lieu de le supprimer. Les quelques personnes qui en bénéficiaient seront directement impactées, d’autant que ce pass avait une double action à la fois d’information et de prévention ».

Récompense

Autre argument avancé par les élus socialistes relève le site du Lab, un prétendu « renvoi d’ascenseur » de Valérie Pécresse à l’égard de Caroline Carmantrand, maire adjointe d’Asnières, membre de Sens Commun (fondé en 2013 par des élus opposés au mariage pour tous) et cofondatrice des « mères veilleuses » qui réclame l’abrogation de la loi Taubira. Présente sur la liste de l’élue LR, Caroline Carmantrand a été nommée présidente de la commission Famille et Action sociale au conseil régional d’Ile-de-France.

Pour Farida Adlani, la décision actée en séance plénière le 7 avril à propos du Pass contraception cependant n’a rien à voir avec une quelconque « idéologie » : « On a simplement décidé de mettre un terme à un dispositif inefficace. En 2015, le budget dédié par la gauche au dispositif de soutien des centres IVG [Interruption volontaire de grossesse] s’élevait à 95 000 euros, en 2016, on a décidé d’allouer une somme de 250 000 euros, assure l’élue, nous n’avons aucune leçon de morale à recevoir de la gauche ».