Paris: «Repérage de logements» ou «courtoisie»... Pourquoi Anne Hidalgo se rend en catimini dans une caserne?

DEPLACEMENT La maire de Paris accompagnée d’une quinzaine de personnes se rend ce jeudi matin à la caserne des Minimes. Un endroit dans le viseur de la Ville depuis un an pour en faire des logements…

Romain Lescurieux

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La caserne des Minimes dans le 3e arrondissement de Paris
La caserne des Minimes dans le 3e arrondissement de Paris — R.LESCURIEUX

Un déplacement conséquent mais discret. Selon une note interne de la Gendarmerie nationale dont 20 Minutes s’est procuré une copie, Anne Hidalgo, la maire de Paris, accompagnée de son adjoint au logement, Ian Brossat, de Pierre Aidenbaum, maire du 3ème arrondissement, et d’une délégation d’une quinzaine de personnes, visitent ce jeudi matin la caserne des Minimes dans le 3e arrondissement. Et ce, à l’écart du public et de la presse. Et pour cause, la raison et les contours de la démarche de l’exécutif restent flous.

« Une visite de courtoisie »

« C’est un échange informel avec les gendarmes et militaires. Notamment ceux qui habitent dans la caserne et sont mobilisés dans le cadre du plan Vigipirate. C’est une visite de courtoisie pour connaître leurs besoins et les écouter », assure-t-on dans l’entourage d’Anne Hidalgo. Mais les principaux concernés, eux, ne comprennent pas cette main tendue.

« Une visite de courtoisie, je ne vois pas pourquoi, car nous sommes mis dehors. Nous devons tous quitter la caserne avant la fin de l’année prochaine » réagit auprès de 20 Minutes un sous-officier de la gendarmerie, qui habite depuis près de dix ans dans cette caserne et souhaite conserver l’anonymat.

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Cet endroit composé d’une quarantaine de logements – où vivent une cinquantaine de gendarmes avec leur famille et des régiments tournants de militaires - appartient à la Ville de Paris. Et est loué depuis plusieurs années par l’Etat. L’année dernière, un porte-parole de la Ville nous indiquait que des négociations étaient en cours. « Nous sommes en fin de discussions avec l’Etat sur ce projet qui est en passe d’aboutir pour récupérer deux casernes de la Gendarmerie nationale, qui appartiennent à la Ville et sont actuellement louées (les Minines et la caserne Exelmans dans le 16e arrondissement) afin d’en faire des logements, et notamment des logements sociaux », expliquait-il, précisant alors que le bail pourrait intervenir plus tôt que prévu. Soit en 2017 au lieu de 2019. 

« La Mairie vient faire du repérage »

« L’année dernière, en novembre, nous avons été informés que le bail avait été rompu et qu’il fallait partir avant la fin de l’année 2017 », assure ce sous-officier. Une information qui n’est pas confirmée par la Mairie. « Même avant 2017 ce serait bien, nous a-t-on dit ». Alors, pour lui, « la Mairie vient faire du repérage, voir comment c’est fait et comment aménager la caserne pour des logements. D’autant que nous ne sommes pas là pour discuter car nous travaillons », note-t-il.

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« Ce déplacement ressemble plus à un constat d’huissier avant expropriation »

Sur les bancs de la droite parisienne - qui monte régulièrement au créneau pour la défense de ces casernes et de ses résidents – ça ironise. « Ce déplacement ressemble plus à un constat d’huissier avant expropriation qu’à une visite de courtoisie », note un proche de Nathalie Kosciusko-Morizet. En avril 2015 et février 2016, Philippe Goujon, Frédéric Péchenard, Claude Goasguen et Marie-Laure Harel et des élus du groupe UMP, ont effet déposé des vœux lors du Conseil de Paris pour « le maintien des casernes de la Gendarmerie Nationale sur le territoire parisien ».

Et ce, compte tenu, selon eux « des besoins importants pour assurer la sécurité des grands événements internationaux qui se tiendront à Paris cette année, en premier lieu l’Euro 2016, face à une menace terroriste toujours aussi forte ». « Si l’exécutif persiste dans son projet de logements, on ne manquera pas de remettre le débat à l’ordre du jour. Anne Hidalgo ne peut pas évoquer la sécurité des Parisiens en enlevant des moyens aux forces de l’ordre. Elle doit prendre ses responsabilités », explique cette même source du groupe Les Républicains.

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Du côté de la caserne, on tente de relativiser. « Nous avons une cellule de relogement au sein de la gendarmerie, donc nous ne sommes pas non plus expulsés, ni à la rue. Mais pas forcément relogés à Paris », lâche le sous-officier de la gendarmerie, un brin amer.