70 ans après la fermeture des maisons closes, la seconde vie des «Belles Poules» à Paris

PROSTITUTION Le 13 avril 1946, les maisons closes ferment. Soixante-dix ans plus tard, à Paris, «Aux Belles Poules» (2e arrondissement) va revivre pour le plus grand plaisir des « filles » de la rue…

Romain Lescurieux

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Le «32». Vestige des «Belles Poules».
Le «32». Vestige des «Belles Poules». — R.LESCURIEUX

« S’il vous plaît de chanter les fleurs, qu’elles poussent au moins rue Blondel, dans un bordel », chantait Georges Brassens dans le Pornographe. Un passage qui fait allusion à une ancienne maison de passe nommée « Aux Belles Poules », nichée dans cette petite artère du 2e arrondissement.

La façade des «Belles Poules». Aujourd'hui un immeuble
La façade des «Belles Poules». Aujourd'hui un immeuble - R.LESCURIEUX

Un lieu historique et encore actuel de la prostitution parisienne, dont l’établissement en question est aujourd’hui un immeuble de logements. Et avec comme seul vestige extérieur d’une époque révolue : un gros « 32 » vert pâle qui figure sur la devanture carrelée couleur rouge-sang. « On disait d’ailleurs, aller au gros numéro », lance ce mardi de l’autre côté du trottoir un sexagénaire barbu, style Hemingway et amoureux de cette rue. « Blondel et ses poules, c’est emblématique », sourit-il. D’autant que ce temple du plaisir s’apprête à revivre après des années dans l’obscurité.

« Cet endroit, c’est l’histoire de la rue Blondel. C’est beau. On s’y imagine »

Soixante-dix ans avant la pénalisation des clients de prostituées, le 13 avril 1946, la loi Marthe Richard, au terme d’une longue bataille, abolissait les « maisons closes », les « bordels », les « lupanars », les « claques » ou encore les « bouges ». Soit quelque 1.500 établissements disséminés à travers toute la France, dont plus de 200 à Paris. C’est alors la lente fin des « Belles Poules ». Mais pas des filles. Encore aujourd’hui, les « traditionnelles », debout sur le trottoir ou assises dans les cages d’escalier, tiennent Blondel, où elles sont propriétaires d’un logement. Et se réjouissent ce mardi, de la future vie de l’ancienne maison close.

Le «32». Vestige des «Belles Poules»
Le «32». Vestige des «Belles Poules» - R.LESCURIEUX

« Cet endroit, c’est l’histoire de la rue Blondel. C’est beau. On s’y imagine », s’exclame Brigitte, 57 ans, prostituée depuis des années dans la rue. Cet endroit en question, c’est une salle ornée de miroirs et de fresques colorées datant de 1921 et vantant les mérites du sexe. Un ancien bar où s’abordaient les clients et les prostitués appartenant aujourd’hui à une entreprise d’informatique collée au 32. Et qui a donc décidé de rouvrir le lieu – après quelques travaux mais en gardant l’espace dans son jus - pour des visites touristiques sur le thème de la prostitution parisienne et des réceptions. Et ce, d’ici début 2017.

Une fresque des Belles Poules
Une fresque des Belles Poules - R.LESCURIEUX

« Nous allons rénover cette pièce atypique qui n’a pas bougé »

« Il y a six ans, quand on a acheté ces locaux pour en faire nos bureaux, on nous a indiqué que l’endroit était inscrit à l’inventaire supplémentaire des bâtiments de France. De par cette salle et une fresque dans le couloir », explique Caroline, salariée de l’entreprise, en ouvrant le rideau. L’inscription originale s’affiche alors : Aux Belles Poules. « Et après des mois de constitution de dossiers, nous avons finalement obtenu en février dernier un permis de construire pour rénover dès le mois de juin cette pièce atypique qui n’a pas bougé », ajoute la jeune fille, passionnée, qui se présente d’ores et déjà comme directrice des « Belles Poules ». Brigitte, elle, est sous le charme.

La fresque d'origine du bar de la maison close des Belles Poules
La fresque d'origine du bar de la maison close des Belles Poules - R.LESCURIEUX

« Nous sommes allées voir cette salle. C’était touchant », sourit Brigitte. A côté, sa collègue acquiesce. « Maintenant, il n’y a plus de femmes de la rue qui ont côtoyé cet endroit mais il y a encore treize ans, il y avait Michou, qui a connu cette époque », poursuit-elle, sous des regards insistants de certains passants.

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Pensive, elle reprend : « Je crois qu’à cette époque, les femmes étaient plus respectées. Comme le métier de prostituée d’ailleurs », regrette-t-elle et tient à rappeler le contexte actuel. « Le gouvernement nous a pondu cette loi. Mais il aurait mieux fait de nous rouvrir des maisons closes. Dans quelques mois, beaucoup de filles vont être dans la précarité. »