Europacity prévoit 230.000 m² de commerces, un parc aquatique, une piste de ski, une salle dédiée au cirque, des boites de nuit. Le tout pour un investissement de 3,1 milliards d’euros.
Europacity prévoit 230.000 m² de commerces, un parc aquatique, une piste de ski, une salle dédiée au cirque, des boites de nuit. Le tout pour un investissement de 3,1 milliards d’euros. — /Europacity

EMPLOI

Ile-de-France: Le projet Europacity promet 11.800 emplois... mais pour qui?

Ce centre commercial et de loisirs pharaonique, prévu pour 2024 entre le Val d'oise et la Seine-Saint-Denis, devrait doper l’économie locale. C’est ce que promet le groupe Auchan. Mais il y a des septiques…

11.800 emplois directs. Des équivalents temps-plein. Dans les bureaux d’Europacity, on répète ce chiffre à l’envi. Et pour cause, c’est le principal argument avancé par Immochan, filiale du groupe Auchan, pour justifier son  projet de centre commercial et de loisirs qui pourrait voir le jour en 2024, à la frontière du Val d’Oise et de Seine-Saint-Denis.

Un gros chantier, déjà, pour le secteur du bâtiment

Le projet, à 30 minutes de Paris, est pharaonique. Il prévoit à la place de terres agricoles du Triangle de Gonesse (qui aurait été urbanisée quoi qu’il arrive) 230.000 m² de commerces, un parc aquatique, une piste de ski, une salle dédiée au cirque, des boîtes de nuit. Le tout pour un investissement de 3,1 milliards d’euros.

Europacity est actuellement l’objet d’un débat public qui court jusqu’au 30 juin. Pas encore validé donc. Mais Christophe Dalstein, directeur général du projet Europacity, ne cache pas son envie de démarrer les travaux dès 2019.

Là encore, on promet un chantier bénéfique pour l’économie locale. « Il durera quatre ans et mobilisera* 4.200 personnes chaque année, issus de 40 métiers différents du BTP », indique David Lebon, directeur développement d’Europa City.

Ensuite, une fois ouvert, Europacity projette donc la création de 11.800 emplois. « Des emplois directs, non délocalisables », insiste David Lebon. 48 % de ces créations d’emplois (5.564), seront liées au commerce. Il faudra bien ça pour faire vivre les 500 boutiques prévues. 24 % seront dans l’hôtellerie et la restauration, 11 % dans les loisirs. 75 % des embauches se feront pour des emplois de niveaux CAP, BEP et BAC.

Des emplois détruis aussi ?

Une aubaine ? Dans les départements du Val-d’Oise et de la Seine-Saint-Denis, où le taux de chômage atteint respectivement 11 et 13 %, l’argument a de quoi séduire sur le papier. Alain Boulanger, co-président du collectif pour le Triangle de Gonesse, qui rassemble les opposants à Europacity, préfère mettre en garde. « C’est un non-sens de ne se focaliser que sur les emplois créés par ce projet. Il ne faut pas oublier qu’à deux kilomètres de-là, il y a déjà O’Parinor et Aeroville, deux centres commerciaux qui comptabilisent déjà 250 boutiques chacune. » Le collectif craint les doublons et, in fine, des destructions d’emplois dans les centres commerciaux alentour et dans les petits commerces des centre-ville.

Christophe Dalstein, lui, dit plutôt regarder Eurodisney qu’O’Parinor ou Aeroville. « Notre pari est de devenir une destination à l’échelle de l’Ile-de-France. Nous espérons 31 millions de visiteurs par an, dont 6 millions de touristes. » Autrement dit, Europacity ne s’adressera pas tant aux populations du Val-d’Oise et de Seine-Saint-Denis.

Un programme de formation pour pouvoir embaucher local

Mais ces populations profiteront-elles au moins des 11.800 emplois annoncés ? C’est la question que soulève Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, un département jusque-là guère enthousiaste sur le projet Europacity.

Europacity affiche en tout cas la volonté de recruter local… Mais ne donne pas d’engagements quantitatifs précis. « Notamment parce que certains des métiers dont nous aurons besoin, sont actuellement en tension dans ces deux départements, explique Christophe Dalstein. On manque de personnel suffisamment formé dans l’hôtellerie notamment. »

Europacity prévoit toutefois d’instaurer un dispositif spécifique de formation pour combler ce manque. « Ce ne sera pas un campus mais une aide financière aux structures de formation existantes auxs abords d’Europacity, soit pour les renforcer, soit pour en créer de nouvelles, indique Christophe Dalstein. 3.500 personnes seront accueillies dans le cadre de ce dispositif deux ans avant l’ouverture d’Europacity, puis 1.000 par an en phase de fonctionnement. »

*Ce ne sont pas des créations d’emplois brutes. Europacity fera appel à des grands groupes du bâtiment qui ont l’habitude de se déplacer avec leurs salariés. Mais des PME du Val d’Oise et de Seine-Saint-Denis devraient avoir leur rôle à jouer dans la sous-traitance.