Canal Saint-Martin: Combien de temps va-t-on le garder propre ?

NAVIGATION Vide depuis janvier, le canal Saint-Martin va se remplir d'eau à partir de ce jeudi après-midi et retrouver ses poissons, ses bateaux, ses pique-niqueurs... Et aussi ses bouteilles et cannettes au fond de l'eau?...

Fabrice Pouliquen

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Mis à sec début janvier, le temps de le nettoyer, le canal Saint-Martin va se remplir peu à peu à compter de ce jeudi 31 mars, dans l'après-midi.
Mis à sec début janvier, le temps de le nettoyer, le canal Saint-Martin va se remplir peu à peu à compter de ce jeudi 31 mars, dans l'après-midi. — Francois Mori/AP/SIPA

C’est peut-être le dernier signe qu’attend le « dieu météo » avant d’arrêter la pluie, ramener le soleil, et lancer enfin le printemps à Paris. Le chômage du canal Saint-Martin, débuté début janvier pour nettoyer deux kilomètres de biefs, touche à sa fin. Le canal Saint-Martin, rempli à ras bord et tout propre va pouvoir accueillir ses premiers pique-niqueurs et… ses fêtards du samedi soir. 20 Minutes fait le point.

  • Comment se déroulera la fin des travaux ?

Le canal Saint-Martin rouvrira à la navigation lundi prochain. Avant, il conviendra d’ouvrir les vannes pour remplir progressivement d’eau les bassins. « L’opération sera progressive afin de s’assurer de l’étanchéité du bassin, indique Julien Gaidot, ingénieur au service des canaux de Paris. Elle commencera ce jeudi à 13h30 avec le remplissage du bassin Louis-Blanc [le plus proche du bassin de la Villette]. Samedi, nous ouvrirons les dernières écluses pour remplir les bassins des Recolets et ceux du Marais. »

  • Quel bilan tirer du chômage du canal Saint-Martin ?

La mise à sec du canal, réalisée tous les quinze ans environ, vise à assurer la maintenance des écluses et à enlever la vase et les déchets accumulés dans le fonds. En trois mois, les services des canaux Paris n’ont pas chômé. En tout, ce sont 7.000 tonnes de vases et de sédiments qui ont été retirées et 250 tonnes de macrodéchets. Dans le lot, dix poussettes, 104 vélos, 78 vélib’, 51 chariots, 23 scooters et moto…

  • 250 tonnes de déchets, c’est plus ou moins qu’en 2001 ?

Il n’y a pas de données qui permettent de comparer les quantités de déchets ramassés aujourd’hui à celles de 2001, date du précédent chômage du canal Saint-Martin. Mais Julien Gaidot a dans son équipe plusieurs hommes qui ont travaillé sur les deux opérations. « Et ils ont révélé un fait marquant, précise-t-il. Nous avons ramassé cette fois-ci bien plus de bouteilles en verre et de cannettes vides. »

Pour Célia Blauel, adjointe d’Anne Hidalgo à la politique des canaux, c’est la preuve, même si négative, de l’appropriation des berges du canal par les Parisiens. « C’est aujourd’hui un lieu de convivialité extrêmement fort dans la vie parisienne », observe-t-elle. Bertrand Lukacs, président de l’ association des riverains du canal Saint-Martin, y voit un autre signe : « celui du peu d’efforts fournis par les pouvoirs publics pour lutter contre la suralcoolisation des jeunes ». L’été dernier, des riverains du canal avaient dénoncé, notamment via le compte Instagram Welcome to Canal St Martin, l’envers du décor de ses soirées arrosés. « 2,5 tonnes de déchets – essentiellement des bouteilles et des canettes vides- étaient ramassés chaque matin alors que le dernier passage des services de propreté de la ville datait de la veille à 20h », s’insurge Bertrand Lukacs.

  • Gardera-t-on le canal propre longtemps ?

Célia Blauel se veut optimiste. La médiatisation du chômage du canal a permis de sensibiliser les Parisiens à la nécessité de préserver ce site. L’élue en veut pour preuve les nombreuses photos des déchets ramassés au fond du canal relayées sur les réseaux sociaux. « Nous allons aussi lancer des campagnes de communication et nous allons remettre en route le dispositif de la ville pour garder ce canal propre. »

Bertrand Lukacs, lui, demande l’application de l’arrêté préfectoral de 2002 qui interdit la consommation d’alcool sur les berges du canal de 21h à 7h. « Nous ne voulons pas empêcher les gens d’y passer de bons moments, précise-t-il. On pourrait même faire preuve de tolérance en sensibilisant jusqu’à 23h et en verbalisant que ceux qui continueraient à boire au-delà. » Une proposition qu’il défendra lundi prochain lors d’une réunion prévue à la préfecture de police de Paris.