Campement à Stalingrad: «Il n’y a pas de place dans les centres d’hébergement, alors je dors ici»

SOCIAL Le groupe EELV a déposé un vœu au Conseil de Paris pour qu’un protocole d’intervention d’urgence soit mis en place dès l’émergence d’un nouveau campement à Paris. Il a été adopté…

Romain Lescurieux

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Le campement de Stalingrad.
Le campement de Stalingrad. — JOEL SAGET / AFP

Assis sur un lit de fortune, Mohammed, capuche sur la tête, se lève, s’approche du groupe et aborde les conditions de vie. « Il n’y a rien. J’ai juste trouvé ce matelas dans un appartement vide en arrivant ici, il y a trois semaines », lance-t-il.

Et comme lui, ils sont entre 300 et 500 personnes entassées depuis le début du mois sous le métro aérien à Stalingrad dans le 19e arrondissement. Des Erythréens, des Ethiopiens, des Soudanais, des Afghans, des Syriens ou des Libyens. A l’instar de Mohammed, 22 ans.

« Il y a beaucoup de gens de Calais »

« Il n’y a pas de places dans les centres d’hébergements, alors je dors ici », poursuit le jeune homme, toutefois interrompu par le métro qui vrombit toutes les deux minutes. Des tentes sont disposées autour des sacs et des amas de détritus qui jonchent le sol. Après La Chapelle, le lycée Jean-Quarré ou encore la gare d’Austerlitz, Stalingrad est devenu le nouveau campement de réfugiés à Paris. « Et il y a beaucoup de gens de Calais », s’exclame un homme, qui dormait avant « dans les rues de Seine-Saint-Denis ». « Mais au moins ici, il y a de la solidarité. Des voisins, des associations nous aident », note-il en partant. Tout comme d’« anciens réfugiés ».

« J’étais à la Chapelle avant. Depuis, j’ai trouvé une place dans un centre. Mais je viens ici pour aider et discuter », annonce Mamadou, un Malien. De la solidarité donc. Mais qui ne fait pas oublier les conditions déplorables dans lesquelles ce campement évolue : pas d’eau potable et seulement quelques sanisettes depuis une semaine. Alors, des élus parisiens ont décidé de prendre les choses en main.

« Un moyen de répondre à l’urgence et aux besoins de ces personnes »

« Le constat est difficile à admettre, car nous avons été projetés un an en arrière dans les campements de La Chapelle ou d’Austerlitz. Cette situation est inadmissible », détailleFatoumata Koné, conseillère de Paris EELV et élue du 19e. Alors les écologistes ont déposé un vœu au Conseil de Paris pour que soit mis en place un protocole d’intervention d’urgence dès l’émergence d’un campement. Un vœu adopté ce mardi après-midi.

« C’est un moyen de répondre aux besoins de ces personnes à la rue. Notamment avec un accès à l’eau potable, des sanisettes, des bennes à ordures, des permanences d’accès aux soins et un accompagnement alimentaire », affirme l’élue. « Car pour le moment ce sont les riverains qui se substituent aux services de la ville », déplore-t-elle.

Mais cette mesure doit, selon Fatoumata Koné, répondre également à une vraie situation d’urgence. « Nous devons prévenir l’installation de nouveaux campements avec une meilleure organisation. Il faut un vrai accompagnement dans l’attente d’une mise à l’abri. Et ce, pour éviter que le scénario de l’été dernier ne se reproduise. Car pour le moment il y a un risque si nous ne bougeons pas rapidement », s’inquiète-t-elle.

« Je veux rester à Paris »

D’après Fatoumata Koné, 50 % des réfugiés de Stalingrad veulent rester en France et ont déjà entamé les démarches de demande d’asile. « Moi, j’ai déjà obtenu l’asile mais j’attends une place dans un foyer ou un centre. Car je veux rester et travailler à Paris », rembobine Mohammed, qui a fui la guerre.

Et pour ce faire, « tous les arrondissements doivent participer à l’effort collectif d’accueil et de solidarité », martèle Anne Souyris, coprésidente du Groupe écologiste de Paris. « C’est pourquoi nous avons proposé de créer un deuxième centre d’hébergement d’urgence dans le 16e », ajoute l’élue du 10e arrondissement.