VIDEO. Paris: Vanupié, douze ans à jouer dans le métro et « pas prêt de partir»

METRO A partir de ce lundi, 1.000 musiciens tenteront de décrocher l'une des très prisées 300 accréditations de la RATP pour jouer dans le métro. Un sésame que parvient à renouveler le chanteur Vanupié depuis 12 ans...

Fabrice Pouliquen

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Chaque jour, le chanteur reggae Vanupié s'installe metro Chatelet-les Halles pour un concert de deux-trois heures.
Chaque jour, le chanteur reggae Vanupié s'installe metro Chatelet-les Halles pour un concert de deux-trois heures. — F. Pouliquen / Vanupié

Il fait parti du décor à Chatelet-Les Halles. Dans le dédale de couloirs, à la sortie d’un tapis roulant, Vanupié a son pylône contre lequel il s’adosse chaque jour. D’abord, il déroule un carré de moquette verte, enlève ses chaussures, accorde sa guitare, chauffe sa voix et dispose son album bien en évidence. Puis, c’est parti. Pendant deux ou trois heures, le chanteur reggae joue ses morceaux imperturbable aux voyageurs qui le frôlent. Souvent sans un regard.

Cela peut paraître ingrat, mais la place vaut chère. Ce lundi et jusqu’au 15 avril, 1.000 musiciens, pro ou semi-pro pour la majorité, se présenteront au casting de printemps de la RATP. L’enjeu ? Décrocher l’une des 300 accréditations qui permettent de jouer quand et où on veut dans le métro, à condition que ce ne soit pas dans une rame ou sur un quai. Voilà douze ans que Vanupié, lui, joue dans le métro. Douze ans qu’il arrive à renouveler tous les six mois ce précieux sésame.

Le métro, « bien plus efficace qu’un flyer »

Il y a douze ans, il fallait déjà passer par un casting. « Mais ce n’était pas le même prestige, glisse Vanupié. Nous étions souvent vus comme des clochards, des musiciens arrivés au bout du bout. » Il y a un peu de ça pourtant à écouter Vanupié. Dans une autre vie, ce Francilien a travaillé pour une grande agence de publicité avant de tout plaquer pour se consacrer à sa musique. L’idée de départ était d’accumuler les concerts et d’en assurer la promotion par la distribution de flyers. « Mais les flyers ne remplissent pas une salle, raconte-t-il. Le meilleur moyen de donner envie d’assister à un concert, c’est encore de montrer ce qu’on sait faire ».

Le métro, pour ça, c’est parfait. Vanupié a mis plusieurs mois à y trouver sa place. Jamais simple au départ. « Il y a des règles, on ne prend pas l’emplacement d’un ancien, explique-t-il. L’acoustique n’est pas non plus pareille partout. Je voulais un endroit le plus clair possible, avec le moins de résonance. Je suis devant un long couloir. La musique part, elle ne revient pas vers moi. »

« On m’a déjà craché dessus »

Personne aujourd’hui ne songerait à piquer la place de Vanupié. A 36 ans, c’est lui désormais l’ancien aux poches remplies d’anecdotes. Dans le métro, le Francilien a connu le meilleur. « Comme ce jour où des danseurs de Madonna ont croisé mon chemin et se sont mis à danser autour de moi. En quelques minutes, c’était noir de monde et, moi, j’ai ramassé 1.100 euros ». Il y a eu le pire également. « J’ai eu droit aux insultes, au fameux "trouve-toi un boulot". On m’a craché dessus aussi et j’ai dû éviter quelques coups. »

Si les agressions de musiciens surviennent encore aujourd’hui, Vanupié dit toutefois que les 300 artistes de la RATP sont bien mieux perçus aujourd’hui. « Un gros travail de communication a été fait ces dernières années. Souvent, on m’aborde pour parler du casting. Les gens savent qu’ils n’en prennent que 300 et qu’on a donc un peu de talent. »

Une expérience en or sur le CV

A cela s’ajouteKeziah Jones, ZAZ, Irma, Benjamin Clementine ou plus récemment Emji, gagnante de la Nouvelle Star. Autant d’artistes reconnus qui ont commencé dans le métro. Ou du moins le revendique sur leur CV. « Benjamin Clementine ? Je l’adore, mais je ne suis pas sûr qu’il ait joué plus d’une fois dans le métro, sourit Vanupié. Quoi qu’il en soit, il n’y a plus un musicien à rougir d’être passé par le métro. L’expérience est même âprement recherchée à en juger par le nombre de candidats à se présenter au casting de la RATP.

Vanupié aurait pu arrêter l’expérience il y a bien longtemps. Depuis ses débuts, le Francilien a rempli La Cigale, joué au Bataclan, assuré la première partie d’Alpha Blondy, fait Solidays et tourne à une moyenne de 100 concerts par an. Mais pas question de délaisser le métro, la meilleure salle de répétition dont un musicien puisse rêver. « Il n’y a rien de plus formateur que tenter de capter l’attention d’un public qui n’est pas venu spontanément t’écouter. » Il n’y a pas mieux non plus pour tester son répertoire. Ce que fait en ce moment Vanupié en jouant les chansons de son prochain album, le deuxième, à paraître début 2017.