Mobilisation contre la loi Travail: Boucher, Ravel, Valéry...Quand les lycées ont la manif dans la peau

SOCIAL A l’occasion d’une nouvelle manifestation ce jeudi pour exiger le retrait du projet de la loi travail, « 20 Minutes » a rencontré des élèves et des anciens de trois lycées parisiens, qui ont une culture de la mobilisation…

Romain Lescurieux

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En 2010, les élèves du lycée Hélène Boucher (20e) s'opposent à la réforme des retraites.
En 2010, les élèves du lycée Hélène Boucher (20e) s'opposent à la réforme des retraites. — BERTRAND GUAY / AFP

15h05. Pause clope. Ce mardi, devant le lycée Hélène Boucher (20e), un groupe d’élèves de terminales discutent. Au menu: assemblée générale et organisation d’un barrage filtrant.

Plusieurs organisations lycéennes et étudiantes ont en effet appelé à une nouvelle mobilisation des jeunes ce jeudi pour exiger le retrait du projet de la loi travail*. Et comme souvent lors de précédents mouvements sociaux – loi Fillon, CPE, réforme des retraites ou pour « dénoncer les violences policières » - ce lycée du 20e est mobilisé, à l’instar de ces voisins Maurice Ravel (20e) et Paul Valéry (12e). Pourquoi? 

« Les questions sociales font écho ici »

« On est dans un quartier populaire, donc les questions sociales font écho ici. Et c’est un bon lycée, donc les élèves ont des idées, ils s’intéressent. On n’est pas là juste pour crier blocage », débute Achille, 18 ans. A côté de lui, Paul, 17 ans, renchérit : « Ce lycée a une tradition de gauche. Il a été construit durant le Front Populaire et a une architecture style soviétique. Cette ambiance est ancrée ». Et se transmet au fil des mouvements et « erreurs des gouvernements », selon Félix, 17 ans.

« En fait, quand on était en secondes, c’était l’année de l’affaire Leonarda, les terminales nous ont appris à s’organiser, à monter des AG et cette année nous montrons ça aux secondes », rembobine Achille, cigarette roulée dans la main. Même logique de « tradition » quelques mètres plus loin.

« Rite initiatique »

« C’est dans l’histoire du lycée de bloquer et s’entraider avec Boucher et Valéry pour exprimer son désaccord sans forcer les élèves qui veulent aller en cours », lance à la sortie de Maurice Ravel, Jeanne, 17 ans, en terminale L. « Chaque génération veut montrer qu'elle a le pouvoir de se faire entendre. Après, je ne sais pas si ça remonte plus loin que la réforme des retraites », nuance Romain, 20 ans.

Contacté par 20 Minutes, un ancien du lycée, en terminale au moment de la loi Fillon en 2005, dit par exemple ne pas se souvenir de manifestations significatives à ce moment-là, mais renvoie la balle à quelques rues, au lycée Paul Valéry aka «PV».

« Au collège à PV, on te fait comprendre que tu n’as pas le droit de manifester. Pourtant, quand tu vois tes aînés du lycée assumer un vrai rôle reconnu à l’échelle de la cité, tu as envie d’y aller. Donc, quand tu arrives en seconde, tu fonces passer ton rite initiatique », détaille Adrian, 28 ans, ancien élève de Paul Valéry. Enfin, dernier détail jouant en faveur d’une mobilisation : la disposition des locaux. « Il y a une pelouse devant la cantine. Contre la loi Fillon, on l’avait investie avec nos tentes. Et surtout, il n’y a qu’une entrée. C’est très pratique pour être sûr d’assurer un blocage efficace », conclut-il. Retour chez les « Boucher ». Côté direction.

« Il y a à Hélène Boucher, une culture du débat qu’on ne trouve pas ailleurs »

Olivier Minne – aucun rapport avec l’animateur – était proviseur à Hélène Boucher de septembre 2005 à septembre 2012. Arrivé en plein mouvement du CPE, il se souvient bien de son passage. « Je crois qu’il y a eu une manifestation ou au moins un blocage chaque année », rigole-t-il, avec le recul. « Il y a un côté rituel », analyse celui qui a écumé dans sa carrière sept établissements scolaires.

« Ce lycée n’est pas moteur mais il n’y a pas un seul mouvement auquel il n’a pas participé. Il y a à Hélène Boucher, une culture du débat, de la citoyenneté et de la chose publique qu’on ne trouve pas ailleurs », tranche l’ancien chef, rappelant toutefois que « si un mouvement lycéen est intéressant et peut forger, le blocage reste inacceptable ». Se souvenant d’un étudiant blessé durant le CPE, Olivier Minne, profitant désormais de sa retraite, souffle « ces moments sont éprouvants pour un proviseur ».

* Le cortège partira à 13 h 30 de la place de la République pour rallier la place d'Italie, en passant par Bastille.