Les riverains du 16e en révolte contre le centre d’hébergement au Bois de Boulogne

SOCIAL Une réunion publique de présentation du projet à l’attention des riverains du 16e arrondissement s’est tenue ce lundi soir. Dans une ambiance surréaliste…

Romain Lescurieux

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La présentation lundi soir à l'université Paris Dauphine du projet de centre d'hébergement d'urgence en bordure du bois de Boulogne, dans le XVIe arrondissement de Paris, a viré à la foire d'empoigne.
La présentation lundi soir à l'université Paris Dauphine du projet de centre d'hébergement d'urgence en bordure du bois de Boulogne, dans le XVIe arrondissement de Paris, a viré à la foire d'empoigne. — R.LESCURIEUX

L’opération déminage a viré en explosion. Ce lundi soir, la Préfecture de Paris, la Ville de Paris et l’association Aurore ont présenté aux riverains du 16e arrondissement, le projet de centre d’hébergement d’urgence pour sans-abri qui verra le jour dès cet été, Allée des fortifications, en lisière du Bois de Boulogne. Du moins c’est ce qu’ils voulaient. Car la réunion - dans un amphi surchauffé par près de 1.000 personnes – ponctuée de quolibets et de sifflets n’a finalement duré qu’une vingtaine de minutes.

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« Les salopards », « Brocas caca », « voleurs » « salope »

Dès l’entrée, un public composé majoritairement de personnes retraitées, se presse et s’empresse dans le hall d’entrée de l’Université Paris-Dauphine. « Cachez-les », souffle une femme, en distribuant des affiches « Touche pas à mon bois », « Mairie de Paris, respecte les lois, respecte le bois », « le bois oui, la jungle non ». L’amphithéâtre se remplit. Des Barbour et écharpes écossaises tombent sur les genoux. Il est 19h. A l’extérieur, de nombreuses personnes tentent encore de rentrer.

Les adjoints de la Mairie de Paris s’installent sur scène. « Les salopards », entend-on dans des allées. « A Paris, chaque jour, tout au long de l’année, nous mettons à l’abri 30.000 personnes dans des centres d’hébergement d’urgence », tente d’expliquer à la foule, Sophie Brocas, préfète secrétaire générale de la Préfecture de Paris et d’Île-de-France. Un homme crie « Brocas caca », un autre « voleurs », un dernier « salope ». Elle reprend. « Il n’y aura pas de migrants, de gens venus de Calais ou d'ailleurs dans ce centre. Mais des familles et des personnes seules qui seront accueillies et accompagnées vers l’emploi et le logement », ajoute-t-elle.

Evacuation de la salle

Il est 19h10, plus personne ne s’entend. Ça siffle. Ça beugle. La réunion prend des allures de foire d’empoigne. Dans les travées du haut, deux hommes sont à deux doigts de s’envoyer une paire de mandales. Le maire du 16e arrondissement, Claude Goasguen (LR) est accueilli en grande pompe.

Face à son public, il dénonce le « diktat » de la mairie de Paris, qui ne l’aurait pas averti avant d’initier le projet, et s’en prend à Thomas Lauret, élu PS du 16e. L’architecte du centre d’hébergement, Guillaume Hannoun, se fait lui traiter de « menteur ». Les manifestants restés à l’extérieur parviennent finalement à envahir l’amphithéâtre au cri de « Hidalgo démission ». Indigné et dépassé par les événements,le président de l’université, Laurent Batsch, ordonne alors d’évacuer la salle. « Collabo », crache un homme.

« Il faut être débile pour penser qu’il n’y aura pas plus d’insécurité »

Quelques heures plus tôt, dans l’Allée des Fortifications – là où le projet financé par l’Etat et la Ville va sortir de terre ces prochaines semaines – les riverains étaient déjà vent debout ce lundi. « Ce n’est pas le bon endroit. L’insécurité va augmenter dans ce quartier où il y a des femmes et des enfants », lâche Marie-Louise, 60 ans, un perroquet sur l’épaule.

« Il y a de l’espace mais on ne peut pas laisser ces SDF ici. Il y a d’autres endroits », assure de son côté Maria-Louise, une autre voisine, molosse au bout de la laisse. « Il faut être débile pour penser qu’il n’y aura pas plus d’insécurité avec ce centre. Et les SDF aussi ne seront pas heureux ici », fulmine une autre riveraine. La Mairie de Paris, elle, reste ferme.

Une affiche s'opposant au projet, aux abords de l'Allée des Fortifications (16e)
Une affiche s'opposant au projet, aux abords de l'Allée des Fortifications (16e) - R.LESCURIEUX

« Notre détermination est intacte. Le centre sera évidemment construit »

« Nous sommes venus ici sereins. Mais certains ont empêché que les arguments puissent être développés. Je le regrette car je pense que cette réunion aurait permis de faire tomber un certain nombre d’a priori et rétablir un certain nombre de vérités. Notre détermination est intacte », explique Ian Brossat, adjoint PCF au maire de Paris en charge du Logement et de l’Hébergement d’urgence.

« Il y aura des manifestations, des recours devant les tribunaux », prévient de son côté le maire du 16e arrondissement, Claude Goasguen. « A force de contourner les lois comme le fait la ville de Paris, les tribunaux sanctionneront », enchérit Christophe Blanchard Dignac, président de la coordination pour la sauvegarde du Bois de Boulogne. Mais Ian Brossat est clair. « Un permis de construire a été délivré. Donc le centre sera évidemment construit ».