Paris : A Nation, le Tactical urbanisme aide à repenser la place

URBANISME Pendant un an, dix-neuf caméras scruteront le moindre mouvement sur la place de la Nation. Pas pour faire de la vidéosurveilance ni traquer les infractions au code de la route, mais pour tester différents aménagements de la place...

Fabrice Pouliquen

— 

La place de la Nation est l'une des sept places que veut réaménager Anne Hidalgo avant la fin de son mandat.
La place de la Nation est l'une des sept places que veut réaménager Anne Hidalgo avant la fin de son mandat. — Dominique Faget / AFP

Rien ne leur échappe sur la place de la Nation. Fixées sur leurs poteaux, à neuf mètres de haut, six caméras y enregistrent depuis mi-février les moindres mouvements. Un voyageur qui sort d’une bouche de métro, un vélo qui passe sur le terre-plein central, une voiture qui déboule d’une avenue…

19 caméras, 70 points de mesure

La ville de Paris a autorisé la société Cisco, épaulée sur ce projet par Placemeter, une startup new yorkaise créée par deux Français, à installer ce dispositif pendant un an. Et six caméras, ce n’est qu’un début « L’idée est d’arriver très vite à 19. Elles permettront d’avoir en temps réel 70 points de mesure sur la place », indique Martin Lagache, en charge du développement Europe de Placemeter. Il ne s’agit ni de faire de la vidéosurveillance, ni de traquer les infractions aux codes de la route, mais de lancer à Paris la première expérience de « Tactical urbanism ». Autrement dit : l’art d’exploiter les nouvelles technologies et les datas pour repenser la ville.

Le projet s’inscrit dans le cadre du réaménagement de sept places emblématiques de Paris qu’Anne Hidalgo, la maire, souhaite boucler avant 2020, avec à l’idée à chaque fois de donner plus de place aux piétons et cyclistes. Dans la veine de ce qui a été fait place de la République. Mais cette fois-ci, le budget est bien plus serré : 30 millions d’euros pour les sept places quand celle de la République avait coûté à elle seule 24 millions d’euros.

Où placer ce banc ?

Pas simple à faire à Nation, place XXL et inextricable nœud de circulation. « Elle concentre des disparités d’usages importantes et des espaces complexes, décrit Benjamin Favriau, chef de projet « Ville intelligente et durable » à la mairie de Paris. Des contre-allées, des îlots, un grand anneau central, un terre-plein au milieu, des bouches de métro… » Anne Hidalgo a déjà donné le cadre général de ce que sera cette future place de la Nation dans le Journal du Dimanche du 6 mars. De huit files de circulation en giratoire, on passera à quatre. Le rond-point central sera élargi et végétalisée et des traversées piétonnes permettront d’accéder au square central.

Mais ce n’est que le cadre général. Il reste encore tous les détails à peaufiner. Quel mobilier urbain choisir ? Où placer un banc ? Quelles contre-allées peut-on fermer ? Quelles sont celles qui faut au contraire conserver ? C’est là qu’intervient le « tactical urbanism ». « L’intérêt de nos caméras est de pouvoir tester différents aménagements sur la place et d’étudier comment les Parisiens se l’approprient », explique Martin Lagache.

De vidéos supprimées dans la seconde

Les caméras filment en basse résolution et ne permettent l’identification ni des personnes ni des plaque d’immatriculation. « Personne ne voit non plus les vidéos, précise Martin Lagache. Elles sont traitées par des algorithmes capables de classer les objets à l’écran selon leur nature : piétons, voitures, vélo… L’opération prend moins d’une seconde et la vidéo est automatiquement supprimé dans la foulée. » Placemeter en sort des graphes, des courbes, des statistiques sur lesquels vont ensuite travailler les services de la ville.

Pour l’instant, il n’est pas prévu d’étendre l’expérience aux autres places à réaménager de la capitale, indique Benjamin Favriau. En revanche, deux capteurs de Placemeter sont en place depuis début janvier à la piscine de la Butte aux Cailles (13e). L’idée, cette fois-ci est de mesurer en temps réel l’occupation des bassins afin d’améliorer l’information donnée aux usagers sur le site de la ville. Ils sauront ainsi à l’avance si leur ligne d’eau favorite est surchargée ou non et pourront décaler en conséquence leur venue à la piscine.