VIDEO. Paris: Un championnat de foot pour favoriser l’intégration des migrants

SOLIDARITE Se vider la tête, améliorer son Français, rencontrer des Parisiens. Voilà l’idée du championnat de l’intégration et de la solidarité, qui se joue chaque samedi porte d’Ivry qui fait jouer ensemble migrants et Franciliens…

Fabrice Pouliquen
— 
Au championnat de l'intégration et de la solidarité, toutes les équipes se composent de 50% de migrants et de 50% de Francliens.
Au championnat de l'intégration et de la solidarité, toutes les équipes se composent de 50% de migrants et de 50% de Francliens. — Photo Frédéric IRIARTE

C’est Marcin, Polonais, qui chipe la balle à l’adversaire et lance dans la foulée Oussmane*, Marocain, qui remet en une touche de balle pour Sylla, le Guinéen. Mais celui-ci verra sa frappe repousser par le défenseur adverse, un Afghan.

50 % de Franciliens, 50 % de migrants

Il n’y a pas que la Ligue 1 à proposer des équipes cosmopolites. Le CIS, le championnat de l’intégration et de la solidarité, qui se joue chaque samedi après-midi dans un complexe de foot en salle de la porte d’Ivry, n’est pas mal non plus. C’est même dans l’ADN de la compétition. « Il y a dix équipes, détaille Nathalie Avakian, qui a créé le championnat avec un ami d’enfance, Florent Bertinotti. Toutes comptent dix joueurs : cinq joueurs Franciliens et cinq réfugiés venus de six centres d’hébergements d’urgence d’Ile-de-France gérés par l’association Aurore. »

Mohamat Abakar, Soudanais de 24 ans, vient de celui de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). S’il a loupé la première journée de championnat, fin février, il était bien au rendez-vous de la deuxième manche, samedi dernier, et ne se départait pas de son grand sourire. Parce que son équipe, le Khartoum Saint-Germain, était en passe de gagner son match. « Parce que surtout, je suis content d’être là, glisse-t-il. Il y a un bon niveau, les matchs se déroulent dans la bonne ambiance… »

Au championnat de l'intégration et de la solidarité, toutes les équipes se composent de 50% de migrants et de 50% de Francliens.
Au championnat de l'intégration et de la solidarité, toutes les équipes se composent de 50% de migrants et de 50% de Francliens. - Photo Frédéric IRIARTE

 

« Se vider la tête »

Mohamat jouait beaucoup au Soudan, mais depuis son arrivée en France cet été, il n’avait pas pris le temps de rechausser les crampons. Pas pris le temps de s’amuser tout court. C’est ce qui ressort souvent des propos de ses footballeurs-migrants. Si ce championnat est une bonne idée, « c’est d’abord parce qu’on peut s’y vider la tête, raconte Oussmane depuis plusieurs années à Paris. Les journées sont longues quand on n’a pas de papiers et qu’on ne peut pas travailler. »

Au CSI, où un pot conclut les parties de foot, on n’évoque pas encore ces sujets-là. « Trop tôt encore », estime Renaud, agent d’accueil au centre d’hébergement d’Aurore à Boulogne-Billancourt et qui joue avec le Karthoum Saint-Germain. Mais ce championnat porte visiblement déjà ses fruits. « Même s’il n’y a pas besoin de parler beaucoup pour se comprendre au football, j’ai déjà pu améliorer mon Français, sourit Mourad*, un Afghan de 27 ans, à la sortie de son match. Et puis Nathalie Avakian en est certaine : « Le foot, c’est universel, c’est simple… Cela ne peut que contribuer à leur intégration. »

Bientôt la version féminine

Cette première saison se terminera le 26 juin. Du moins pour les garçons. Car Nathalie Avakian et Florent Bertinotti planchent déjà sur la version féminine de la compétition qui pourrait démarrer courant avril. « Nous sommes en cours de recrutements, précise Nathalie. Il nous faut 25 joueuses réfugiées que nous avons quasi toutes trouvées et 25 joueuses franciliennes dont le recrutement commence tout juste. »

Le CIS recherche aussi encore un peu d’argent. Le championnat, gratuit pour les joueurs, est déjà financier pour une partie par la mairie de Paris et des partenaires privés. Une campagne de crowfunding a aussi été lancée sur KissKissBankBank pour boucler le budget. Nathalie Avakian et Florent Bertinotti recherchent au moins 7.000 euros pour acheter des équipements, louer les terrains ou encore payer les arbitres.

*Les prénoms ont été modifiés.