Paris: Une Start-up propose des concours entre designers pour réaménager son chez soi

STARTUP La start-up Mon maître carré, installée au Cargo, l’incubateur de la ville de Paris inaugurée ce mercredi, permet aux particuliers de défier architectes d’intérieur et designer pour leurs projets d'aménagements. Mais à quel prix pour la profession?...

Fabrice Pouliquen

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Nicolas Bertrand, co-fondateur de Mon mètre carré, au Cargo, le nouvel incubateur de la ville de Paris où la startup à ses bureaux.
Nicolas Bertrand, co-fondateur de Mon mètre carré, au Cargo, le nouvel incubateur de la ville de Paris où la startup à ses bureaux. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Le concept ressemble à celui d’une émission de téléréalité dont vous avez les rênes. Imaginez un peu. Vous lancez auprès d’architectes d’intérieur et de designers pour (re) décorer votre intérieur, votre boutique, vos bureaux… Il vous faudra en sélectionner trois qui vous remettront leurs propositions de couleurs, les plans d’aménagement ou encore la liste complète des meubles à acheter. A vous enfin de choisir le gagnant.

L’idée est de Mon maître carré, toute jeune entreprise lancée par trois Franciliens dans la vingtaine. Il s’agit de l’une des 100 startup à avoir pris ses quartiers au Cargo, le plus grand incubateur de la capitale qu’Anne Hidalgo inaugure ce mercredi.

« Trop peu sautent le pas »

L’idée de départ de Mon mètre carré est simple. « 44 % des Français ont songé à faire appel à un architecte d’intérieur, assure Nicolas Bertrand qui a commandé une étude sur ce sujet à Créatest. Mais seul 2 % sautent réellement le pas. » Les principaux freins ? L e manque de clarté vis-à-vis des tarifs pratiqués, la peur de l’insatisfaction et le préjugé tenace qui consiste à dire que le recours à un architecte est réservé à une élite.

Mon maître carré ambitionne de simplifier tout ça. Une fois inscrit, le particulier remplit un formulaire dans lequel il renseigne son projet, indique son budget, envoie les photos de l’espace à aménager, ses inspirations puisées dans les magazines… « Ce résumé est envoyé à tous les architectes et designers inscrits sur la plateforme qui choisissent ou non de candidater », précise Nicolas Bertrand.

Une tarification fixe qui fait débat

L’autre idée forte de Mon maître carré est d’instaurer une tarification unique fixée en fonction du nombre de m² de l’espace à aménager. C’est 20 euros le mètre carré. Et si le projet est inférieur à 15 m², le montant minimum sera de 299 euros TTC. La startup prélève 40 % de la somme, le gagnant 40 autre % tandis que le deuxième et troisième se partagent le reste. Au particulier ensuite de choisir s’il garde le lauréat pour le suivi de projet ou s’il se lance seul dans la réalisation des travaux.

Bonne idée ? « Absolument pas, s’étrangle Bernard Lacoutre, vice-président de l’Union nationale des architectes d’intérieur, designers. Fixer le prix d’une étude en fonction du nombre de m² carré à aménager est absurde. Tout dépend des exigences du client, des matériaux à utiliser, de la région où l’on se trouve… » Pour Bernard Lacoutre, il faut partir du montant hors taxes des travaux. « L’étude représente généralement 5 % de cette somme, poursuit-il. Si on prend l’exemple d’une réhabilitation complète d’un appartement de 100 m², le montant hors taxes des travaux s’élèvera autour des 120.000 euros. L’étude revient donc à peu près à 6.000 euros. Mon maître carré, sur son principe de 20 euros le m², ne ferait payer que 2.000 euros. Et 40 % seulement ira dans la poche de l’architecte gagnant ! »

Un tremplin ou un nivellement de la profession par le bas ?

L’Unad s’inquiète aussi du sort des deux perdants du concours. « Ils se partagent des clopinettes alors que rien ne dit que le client ne récupère pas certaines de leurs idées pour son projet final, s’insurge Bernard Lacoutre. C’est le meilleur moyen de dégoûter les jeunes du métier. » Léa Guillement, justement, a créé son agence de design d’espace, Gijmé, il y a six mois à Paris et s’est inscrite sur la plateforme. Si elle reconnaît qu’il ne faut pas le faire pour gagner de l’argent, elle reconnaît un mérite à Mon maître carré : « celui de nous mette en contact direct avec la clientèle, ce qui est loin d’être facile quand on se lance. J’ai participé à un concours que je n’ai finalement pas gagné. Tant pis, cela reste une expérience prise. »

Que ça plaise ou non, Mon maître carré poursuit son bonhomme de chemin. La start-up compte 270 architectes d’intérieur et designeurs inscrits et a déjà vu 66 concours postés sur sa plateforme.