Paris: A quand la prochaine crue centennale?

PREVENTION Depuis ce lundi matin et jusqu’au 18 mars, 900 sauveteurs et 87 institutions et opérateurs privés se lancent dans un grand exercice de simulation d’une crue centennale de la Seine. Mais c’est quoi au juste ?…

Fabrice Pouliquen

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L'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Île-de-France a imaginé dans un film 3D les conséquences d'une crue centennale sur Paris et sa  couronne.
L'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Île-de-France a imaginé dans un film 3D les conséquences d'une crue centennale sur Paris et sa couronne. — Capture d'écran / Youtube

Le coup d’envoi a été donné ce lundi matin, à la Maison de la radio, en présence de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. Jusqu’au 18 mars, 150 policiers, 900 sauveteurs, 87 institutions et opérateurs privés (SNCF, ERDF, RATP…) vont simuler une crue centennale de la Seine. 20 minutes fait le point sur cet exercice au nom de code EU Sequana 2016.

Qu’entend-on par crue centennale ?

Attention aux faux amis. Centennale ne veut pas dire qui revient tous les cent ans, mais qui aune chance sur 100 de se produire chaque année. On parle d’une montée des eaux exceptionnelles des eaux de la Seine. De celles qui peuvent inonder une partie de Paris et des départements de la petite couronne. « Il s’agit de l’un des risques majeurs de catastrophes naturelles en Île-de-France, capable d’immobiliser toute la métropole », explique Ludovic Faytre, responsable des études risques-aménagements à l ’IAU.

Le dernier exemple en date était en 1910. Le 28 janvier 1910, la Seine avait atteint le niveau de 8,62 mètres sur l’échelle hydrométrique du pont d’Austerlitz. Le plus haut niveau enregistré depuis 1658.

Quand surviendra la prochaine crue centennale ?

« C’est impossible à prévoir », indique Ludovic Faytre. Ces crues exceptionnelles ne suivent aucune périodicité. A Paris, donc, il n’y en a pas eu depuis 1910.Mais Prague a connu deux crues centennales entre 2000 et 2010.

« Le cours de la Seine est suivi très rigoureusement par les services de l’Etat, mais le système de prévision est efficace à trois jours, poursuit Ludovic Faytre. Au-delà, ce qui se passera dans deux semaines, un mois, six mois, nous n’en savons rien ». Et les changements climatiques n’arrangent rien. « Les mouvements météorologiques deviennent irréguliers mais, surtout, ils se déplacent dans le temps. Une crue survenait généralement en janvier ou février. Il n’est pas impossible, aujourd’hui, que ce phénomène se produise en mars », note Magalie Reghezza-Zit, géographe, maître de conférences à l’Ecole normale supérieur (ENS), lors d’une table-ronde à la Maison de la radio.

Quelles pourraient en être les conséquences en Ile-de-France ?

Rien de bien grave si on en juge par lles photographies prises lors de la crue de 1910. Les clichés donnent l’impression que c’était la belle vie, l’occasion rêvée de se balader en barque sur le Champs-de-Mars. Pourtant, 20.000 immeubles avaient été inondés. Mais « ce ne serait pas la même chose aujourd’hui, prévient Jean-François Caranco, préfet de la région Ile-de-France. Paris est bien plus dense aujourd’hui, concentre bien plus d’habitants et d’emplois. Une crue centennale paralysera la vie économique de la capitale. »

L’IAU a simulé en 3D une inondation de l’Ile-de-France dans une vidéo qui fait froid dans le dos. L’institut a recensé en Ile-de-France 830.000 habitants exposés 435.000 logements, 100.000 entreprises, 750.000 emplois. « Cela ne se limitera pas à quelques jours, prévient Magalie Reghezza-Zit. La phase de décrue sera aussi très longue et très éprouvante pour la population. » Le rétablissement de l’eau, du courant, la reprise des collectes des déchets pourraient prendre plusieurs mois.

N’est-on pas trop alarmiste ?

« A force de travailler sur ce sujet-là, on s’est rendu compte de notre vulnérabilité et de l’importance des enjeux d’une telle crue, ajoute Ludovic Faytre. Cet exercice permettra de définir le rôle de chacun en cas d’une telle crise mais aussi des besoins auxquels il faudra répondre. »

Sequana 2016, préparé depuis deux ans, tombe aussi à pic après les deux attaques terroristes que vient d’essuyer Paris en 2015. « Il en est ressorti le besoin de mieux intégrer la population francilienne à la gestion des risques, de faire naître chez elle une culture de la prévention », observe Michel Cadot, préfet de police de Paris. Ce week-end, sept sites de démonstrations opérationnelles seront notamment ouverts au public (la liste ici).