Paris: Le tagueur Azyle de retour devant la justice pour régler ses comptes avec la RATP

JUSTICE Condamné en première instance à 195.000 euros de dommages et intérêts, Azyle revient devant la cour d’appel de Paris mercredi pour contester ce montant qu’il doit à la RATP…

Romain Lescurieux

— 

Le tagueur Azyle dans l'un de ses anciens lieux de prédilection : le métro.
Le tagueur Azyle dans l'un de ses anciens lieux de prédilection : le métro. — R.LESCURIEUX

Un procès historique dans le monde du graffiti, pour des faits qui remontent à près de dix ans. Ce mercredi, l’emblématique tagueur de la région parisienne, Azyle, se présentera devant la cour d’appel de Paris. Et retrouvera en face de lui, la partie civile, son inspiration, son meilleur ennemi :  la RATP, qui l’attaque pour dégradation de biens publics.

« Que l’on me condamne. Mais que l’on condamne justement »

« J’assume. Je reconnais les faits. Que l’on me condamne. Mais que l’on condamne justement », lâche Azyle, sur le quai du métro. Son ancien terrain de chasse. A partir de la fin des années 1980, ce désormais quadragénaire a écumé durant près de vingt ans les couloirs souterrains parisiens pour y lâcher sa signature colorée. Dans certains cas, plusieurs centaines de fois sur une même rame ou dans le même tronçon de couloir. Connu pour avoir aussi recouvert de tags un avion Concorde en 2001, sa vie de tagueur prend fin une nuit de juin 2007.

>> Lire aussi. L'interview d'Azyle sur le quai du métro

Ce soir-là, au niveau de la porte de la Chapelle (18e), la cellule tag de la police des transports se félicite d’une grosse prise. « Azyle » et « Vices », les deux tagueurs les plus actifs de l’Ile-de-France, alors âgés de 28 ans et 32 ans sont arrêtés en flagrant délit. Game over. Azyle retrouve alors intégralement sa vraie identité : Sylvain, salarié d’un constructeur automobile français. Mais en tant que pro des devis et expertises dans cette boîte, il décide d’éplucher ce qui lui est reproché. Soit le coût du nettoyage et de remise en état des rames par la RATP durant trois années de tags. La calculette remplace la bombe aérosol. Un test de nettoyage devant huissier est même effectué. Mais rien n’y fait.

Azyle est condamné en première instance, en 2012, à huit mois de prison avec sursis et à 195.000 euros de dommages et intérêts. Bien décidé à contester les chiffres et les méthodes de calcul de la Régie autonome des transports parisiens, il fait appel. Pour comprendre.

La guerre des chiffres aura-t-elle lieu ?

Le procès qui devait se dérouler le 7 octobre dernier devant la cour d’appel de Paris est finalement renvoyé par les avocats de la RATP au 2 mars 2016. Autant de délais qui s’avèrent néanmoins intéressants pour Azyle et son avocat afin de consolider leur dossier. « A deux reprises, nous avons recréé en présence d’un huissier une opération de nettoyage avec le produit qu’utilise la RATP. Résultat : Nous mettons dix fois moins de temps qu’eux pour nettoyer un mètre carré », commente auprès de 20 Minutes l’avocat d’Azyle, Me Jean-François Jésus, précisant ainsi que le préjudice s’élève à « 40.000 euros et non 195.000, comme le réclame la RATP qui refuse de dévoiler sa méthode ».

Il y a quelques semaines, Azyle met également la main sur un document de l’entreprise vantant les mérites d’un produit qui efface les tags « en moins de trente secondes ». « Cette pièce qui émane de la RATP la met face à ses contradictions. Aujourd’hui, je peux difficilement faire mieux. J’attends donc leurs réponses avec l’espoir que tous les éléments soient pris en compte par les juges », dit-il. De l’autre côté, la RATP et leur avocat disent vouloir « réserver les arguments pour l’audience ». Mais l’entreprise, sollicitée par 20 Minutes, tient toutefois à recadrer le débat.

« Les tags représentent chaque année pour la RATP un coût de 20 millions d’euros »

« La propreté dans ces espaces est une attente forte de la part des voyageurs. Dans ce sens, la RATP mène une politique active pour l’assurer. C’est notre marché de services le plus important », détaille un porte-parole de l’entreprise. « Chaque année, nous y consacrons 70 millions d’euros. Et chaque année, les tags et graffitis représentent un coût de 20 millions d’euros. Soit le nettoyage, le gardiennage et la protection des trains », poursuit-il.

« Désormais chaque signalement de graffiti est transmis à la cellule tag de la police des transports. Ce qui donne lieu à une plainte pour dégradation », assure cette même source, rappelant que la RATP « mène aussi une politique artistique pour promouvoir l’art et le street art ».