Paris: Le Salon de l’agriculture reste privé de sa «nocturne» par peur de la «viande saoule»

SOCIETE Si l’an dernier, cette soirée a été remplacée par deux semi-nocturnes, cette année « il n’y aura rien», affirment les organisateurs. Et ce, en raison de l’abus d’alcool et de l’état d’urgence…

Romain Lescuieux
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Scène lors d'une soirée au Salon de l'agriculture en 2010.
Scène lors d'une soirée au Salon de l'agriculture en 2010. — SIPA PRESS

Le pâté oui, la viande saoule, non. « Pour la seconde année consécutive, la nocturne est supprimée », indique-t-on au standard du Ceneca (Centre national des expositions et concours agricoles), l’organisme propriétaire du Salon International de l’Agriculture qui se tient cette année à partir du 27 février. En cause et comme l’année dernière : l’abus d’alcool lors de la traditionnelle soirée du vendredi, qui se tenait chaque année jusqu’à 23 heures.

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— UNIMEV (@UNIMEV_FR) March 2, 2015

Du vomi et des bagarres

« Si les débuts de soirée étaient softs, c’est vrai qu’à chaque fois, ça terminait en beuverie. Notamment sur les stands des alcools forts », reconnaît Adrien, 27 ans. Ce jeune diplômé, qui avait l’habitude de s’y rendre avec des collègues « pour faire la fête », se souvient de quelques incidents en marge de la soirée. Notamment au moment de la fermeture.



« A 23h30, ça pouvait ressembler à la sortie d’une boîte de nuit géante. Certains vomissaient. D’autres se battaient », note-t-il. C’est donc ce type de débordements qui ont poussé les commerçants et Jean-Luc Poulain, le président du Ceneca, à ne pas maintenir la nocturne jusqu’à nouvel ordre.

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« En raison de l’état d’urgence, c’est une bonne chose »

« Nous avons décidé de ne pas réintroduire cette soirée en 2016 et cela court au moins jusqu’en 2017 » annonce ce lundi Jean-Luc Poulain, contacté par 20 Minutes. En 2014, plus de la moitié des exposants s’étaient prononcés en faveur de l’annulation de la soirée. Et celle-ci avait alors été remplacée en 2015 par deux semi-nocturnes avec une fermeture des portes à 20h au lieu de 19h. Mais cette année, « il n’y aura rien », précise Jean-Luc Poulain.

« Ces semi-nocturnes n’avaient eu aucun effet positif sur le commerce. De plus, cette année en raison de l’état d’urgence, c’est une bonne chose de ne pas avoir de nocturne où nous devons gérer beaucoup d’entrées et de sorties en plus des fautes de comportements qui fatiguent les commerçants et les bêtes », poursuit-il. Une mesure qui n’est toutefois pas figée. « Nous ferons le point en 2017. Mais si les commerçants reveulent de cette soirée, je suivrai la majorité », dit-il. Les principaux concernés restent mitigés.

« C’est un manque à gagner mais c’est aussi agréable d’avoir un salon calme »

« Supprimer cette soirée représente un réel manque à gagner », affirme un restaurateur qui préfère rester anonyme. Si la mesure est trop récente pour chiffrer la perte, selon lui, l’annulation de la nocturne est « l’équivalent d’une belle journée de week-end en moins pour les stands alimentaires », ajoute-t-il, avant de nuancer son propos.

« D’un autre côté, il y avait beaucoup de débordements. C’était une soirée où les groupes d’étudiants venaient faire la fête et consommaient. Mais ça dégénérait et la viande saoule était difficile à gérer. Du coup, sans cette population, nous perdons de l’argent mais c’est aussi agréable d’avoir un salon calme », conclut ce restaurateur, qui vient au Salon depuis quinze ans. Dans ce sens, Bertrand, 36 ans, viticulteur à Bordeaux, estime que cette mesure est « une très bonne chose » et sans conséquence financière significative.

« En début de soirée c’était bon enfant mais très vite ça devenait un bar géant. Le Salon de l’Agriculture n’est pas la fête de la beuverie », lâche-t-il. « Nous étions obligés d’aller à cette nocturne mais nous n’amenions plus rien car nous nous faisions aussi voler des bouteilles. Pour les jeunes parisiens en mal d’exotisme rural ce rendez-vous était devenu une institution. Et pour nous, un mauvais moment à passer », déplore ce commerçant.