François Fillon remonte les bretelles à Rama Yade

EXPULSION La secrétaire d'Etat a été prise à partie après l’expulsion de squatteurs à Aubervilliers...

So. C., P. K. et AFP

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Rama Yade était reçue à Matignon le 17 mai 2007 lors des consultations de François Fillon. Elle est secrétaire nationale chargée de la francophonie à l'UMP.
Rama Yade était reçue à Matignon le 17 mai 2007 lors des consultations de François Fillon. Elle est secrétaire nationale chargée de la francophonie à l'UMP. — Reuters

François Fillon a reçu jeudi la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme Rama Yade «pour comprendre les raisons» de son déplacement auprès de squatteurs en Seine-Saint-Denis. «Il lui a fait savoir qu'à l'avenir, ce type de démarche devrait faire l'objet d'une concertation avec ses collègues» du gouvernement, a précisé l'entourage du Premier ministre.

La mairie communiste d'Aubervilliers elle-même s'est indignée du «soutien affirmé apporté à des squatteurs» par la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme. Le directeur de cabinet du maire, Roland Taysse, n'a pas apprécié «constater qu'une ministre conteste ainsi une décision de justice prise par un juge indépendant.

Que s'est-il passé?

Plus tôt, la secrétaire d'État auprès du ministre des Affaires étrangères avait reçu un accueil houleux  à Aubervilliers, après l’expulsion du  campement de 150 squatteurs.

Entre 7h00 et 10h00, la police a plié les tentes et les affaires de 150 squatteurs, pour la plupart ivoiriens, maliens gambiens qui avaient monté un «campement de la colère» pour protester contre leur expulsion de logements sociaux occupés illégalement.

Sifflets et applaudissements

Arrivée sur les lieux vers 11 heures, à l’improviste, la jeune secrétaire d'Etat a été accueillie autant par des sifflets que des applaudissements. Elle a expliqué aux squatteurs qu’elle ne comprenait pas que de telles choses arrivent dans une mairie communiste. Elle a expliqué qu’elle voulait un médiateur et qu’elle allait suivre le dossier avant de repartir, après une vingtaine de minutes sur place.

La police a évacué jeudi matin un camp d'environ 80 tentes installées depuis deux mois à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) par des squatteurs de logements sociaux demandant à être relogés.

«Trouble à l'ordre public»

La justice, saisie par la municipalité communiste, avait ordonné lundi l'expulsion pour «trouble à l'ordre public» des 112 personnes recensées mi-juillet dans ce camp, en raison notamment de la proximité de l'école Joliot-Curie dont les 1.000 élèves ont fait leur rentrée mardi.

L'intervention des forces de l'ordre a eu lieu à l'heure de la rentrée des classes. Les policiers, environ 80 agents, ont commencé à évacuer le camp à 7h30, selon le Dal (Droit au logement), traînant jusqu'à des camions de déménagement tentes, matelas et effets des dizaines de familles du quartier de la Maladrerie installées depuis le 11 juillet à cet endroit pour appuyer leurs demandes de relogement.

«Rester là»

A 9h55, la police est partie sous les huées, abandonnant la dalle aux familles, dont de nombreuses femmes avec enfants. A 10 heures, une première tente était remontée.

Assise sur une couverture, un bébé de six mois dans le dos, Assia Sangare entend «rester là», car elle «ne sait pas où aller». Cette réfugiée politique ivoirienne, mère de deux enfants, a été expulsée début juillet de son appartement. Son nouvelle expulsion, et celle de quatre autres familles, avaient été le détonateur du mouvement de protestation.