Galeriste torturé: La thèse sado-maso s'effrondre face aux vidéos

JUSTICE Trois hommes sont jugés depuis lundi aux assises de Paris, pour séquestration et extorsion, accompagnées de tortures et actes de barbarie sur un galeriste de 73 ans…

M.G. avec AFP

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Le palais de justice de Paris, le 15 octobre 2012.
Le palais de justice de Paris, le 15 octobre 2012. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Les images ont parlé. La cour d’assises de Paris a visionné, ce jeudi, des vidéos montrant des scènes de torture, sans aucun rapport avec une séance sado-maso, comme le prétend le principal accusé dans cette affaire, jugée depuis lundi. Dans les séquences vidéos, on y voit en effet un vieil homme apeuré, prêt à avouer n’importe quoi à mesure que les sévices s’enchaînent.

Trois hommes, Emmanuel Sadot, 47 ans, ex-gérant d’un club sado-masochiste et principal accusé, Ludovic-François Jaouen, 47 ans, et Max Diener, 26 ans, sont accusés d’avoir séquestré, dénudé, puis torturé pendant des heures dans le sous-sol de sa galerie parisienne, Jean-Claude Declercq, marchand d’art de 73 ans à l’époque, avant de le forcer à signer des reconnaissances de dette, dans la nuit du 21 au 22 février 2014.

Godemiché à la bouche

Et les vidéos visionnées, ce jeudi lors de l’audience, semblent discréditer la thèse d’une séance sado-maso. Humiliations et violences s’enchaînent sur les films, de 21h14 à 0h11. Ainsi, à 21h14, on voit Emmanuel Sadot contraindre la victime, étendue nue sur une bâche plastique, à ânonner des prières. « Mon dieu, j’ai un très grand regret de vous avoir offensé »,. A 21h55, « je demande pardon », récite Jean-Claude Declerq. « De quoi ? » aboie alors la voix de Sadot. « De t’avoir volé, de t’avoir fait du mal ».

A 21h58, Sadot demande à son bailleur : « Pourquoi tu as abandonné ma créance de 35.000 euros ? ». « Ben, vous aviez déposé le bilan », répond Declercq. « Mais non », s’énerve Sadot, lui assénant une série de claques. « Parce qu’elle était fausse. Répète ! » Durant la séquence, on voit également la victime un godemiché à la bouche, assise sur une tête de veau, un doigt placé dans une pince…

Une « vengeance » qui tourne mal

Dans la salle, le silence est pesant. Parfois, Jean-Claude Declercq ferme les yeux. Sadot garde un petit sourire. Jaouen et Diener ont l’air grave. « Durant ces trois heures, il n’est question que d’argent, relève le président Jean-Paul Albert. A aucun moment, il n’est question de plan sado-maso ».

Jaouen et Diener acquiescent. Une « vengeance », qui tourne mal. Ils regrettent. Jaouen, dont la voix participe, encourage Sadot dans plusieurs vidéos, explique qu’il pensait à l’époque que « Jean-Claude Declercq avait ruiné » son ami. A nouveau, il minimise son rôle, nie avoir infligé des brûlures, une scène qui n’a pas été filmée.

Une commande SM

Sadot, lui, s’accroche à sa théorie : « Au départ, c’était une commande SM de Jean-Claude Declercq. J’en ai profité pour l’humilier et lui faire signer un tas de bêtises ». « Mais que vous inspirent les images de M. Declercq ? », insiste le président. « Et moi, esquive Sadot, vous pensez que j’ai toujours eu bonne mine ? »

Le réquisitoire est attendu ce jeudi dans l’après-midi. Les trois hommes accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.