Paris: Accusé de tortures, il plaide la «séance SM»

JUSTICE Un ancien gérant de club sado-maso est jugé avec deux autres hommes, pour avoir battu et infligé diverses humiliations un marchand d'art...

M.G. avec AFP

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Illustration Palais de justice à Paris.
Illustration Palais de justice à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Pour lui, il s’agissait « d’une séance sado-maso ». C’est la version qu’a maintenue Emmanuel Sadot devant les assises de Paris, ce mercredi, quand les témoignages se sont accumulés contre lui, désigné comme l’auteur principal des tortures subies par un marchand d’art dans sa galerie en 2014. Cet ancien gérant d’un club sado-masochiste de 47 ans est jugé depuis lundi avec deux autres hommes, Ludovic-François Jaouen, également 47 ans, et Max Diener, 26 ans, pour séquestration et extorsion, accompagnées de tortures et actes de barbarie.

Les trois hommes encourent la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir séquestré et torturé cinq heures durant Jean-Claude Declercq, 75 ans, dans le sous-sol de sa galerie parisienne dans la nuit du 21 au 22 février 2014. Ils ont battu le marchand d’art, l’ont badigeonné de viscères de veau sanguinolents, lui ont infligé diverses humiliations, brûlures et piqûres, avant de lui faire signer des reconnaissances de dettes.

« Et la tête de veau ? »

Alors que Jaouen et Diener ont désigné leur co-accusé comme le grand artisan d’une « séance d’humiliation » qui « a dérapé », Emmanuel Sadot a maintenu sa version. « Au départ, c’était un plan sado-maso. C’est Declercq qui a commandé cette soirée, le 4 février. Il voulait un plan à trois, avec un jeune typé », a-t-il affirmé mardi soir.

Il a reconnu avoir « uriné » sur la victime, l’avoir frappée, couverte de viscères, mais a nié les brûlures et les coups sous les pieds : « Les scarifications, les brûlures, je ne fais pas ça moi, c’est sadique. » « Et la tête de veau ? », a demandé le président Jean-Paul Albert. « Oui, je l’ai commandée quinze jours avant. Il semble que Louis Bonaparte dormait avec des entrailles de veau. Certains aiment ça. » Idem pour les piqûres de sérum physiologique dans les testicules : « Ça se pratique au Mexique, il y en a qui veulent des bourses de taureau. »

Il reconnaît une « erreur »

Mais comment passe-t-on d’une séance SM à des actes de torture ?, interroge la cour. « Si ça a dérapé, c’est la faute à Jaouen », a répliqué Emmanuel Sadot. « Moi, la mise en scène… J’étais inspiré comme si je faisais les carreaux », dit-il, avant de reconnaître une « erreur » en ayant « laissé Jaouen faire signer une reconnaissance de dettes » à la victime.

A son avocat, Yves Crespin, qui lui demande pourquoi il s’entête, alors que tous le désignent comme le principal responsable des violences, il répond : « Mais c’est la vérité ! » Une vérité mise à mal par les témoignages qui s’enchaînent à la barre. Ludovic-François Jaouen nie fermement connaître Jean-Claude Declercq et avoir comme le prétend Sadot un « compte à régler » avec lui, ce que la victime confirme.

Hervé Robert, depuis des années avocat de la victime pour des contentieux commerciaux, a fait état de menaces contre son client, proférées quelques jours après l’agression.

« Des complots partout »

Alors qu’Emmanuel Sadot avait depuis un an déposé le bilan de sa société, au terme d’une longue procédure l’opposant à son propriétaire pour des impayés de loyers, « il a débarqué sans rendez-vous et m’a dit : "C’est à cause de Declercq que j’ai perdu mon affaire. Il faut qu’il paye. Dites-lui sinon je vais recommencer" », a raconté Me Robert.

Cédric Vasseur, petit-neveu de la victime et jeune militaire basé à Toulon, est venu raconter que son oncle paniqué l’avait appelé pour lui dire qu'« il avait été torturé » et que ses agresseurs, qui avaient copié ses agendas, pourraient s’en prendre à lui, avaient menacé de s’en prendre à ses proches.

« J’ai eu un appel d’un homme me demandant si j’étais le neveu de Jean-Claude Declercq. J’ai répondu non », rapporte le jeune homme. L’avocat général a dénoncé « les élucubrations » toujours plus fantasques de l’accusé, « qui voit des complots partout » et fait du moindre témoignage une « épouvantable mayonnaise ».

Le verdict est attendu vendredi soir.