Paris: Squelettes, organes et fœtus dans le formol bientôt délogés du musée Dupuytren

SOCIETE Ce musée situé aux Cordeliers (6e), fermera ses portes à la fin du mois de mars pour rouvrir sur le campus de Jussieu en septembre. Des enseignants misent, eux, sur une fermeture déguisée…

Romain Lescurieux

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Le musée Dupuytren dans le 6e arrondissement
Le musée Dupuytren dans le 6e arrondissement — AFP

Des organes immergés dans le formol. Des fœtus mal formés. Des squelettes en bataille. Si Paris regorge de multiples musées divers et variés, le plus mystérieux d’entre tous reste le musée Dupuytren. Fondé en 1835 et situé depuis 1967 sur le site des Cordeliers de l’université Paris 6, Pierre et Marie Curie, il propose une collection de pathologies anatomiques d’environ 6.000 objets. Mais, aujourd’hui, son avenir est ailleurs.

>> Voir le diaporama : Les curiosités médicales du musée Dupuytren

Une « collection inestimable dans un état de vétusté »

« Les locaux qui abritent cette collection inestimable sont dans un état de vétusté qui ne permet pas de l’exposer dans les conditions requises pour sa bonne conservation et ne sont plus aux normes en vigueur pour accueillir du public. Le caractère particulier, parfois difficile, des objets qui composent la collection nécessite par ailleurs une valorisation et un accompagnement que les lieux actuels ne permettent pas de proposer », annonce le service de presse de l’Université Paris 6.

Ouvert au public de 14h à 17h du lundi au vendredi, ce musée enregistre 3.000 entrées annuelles aux prix maximums de cinq euros. Ce travail de caissier, de guide et de conservateur, est géré depuis des années par un seul et même homme : Patrick Conan. Et ce, sans aides, ni subventions. De quoi affaiblir au fil du temps ce lieu caché.

Fermeture des locaux actuels en mars et déménagement à Jussieu

Sollicitée par 20 Minutes, la faculté précise : « L’université qui a la charge de la collection Dupuytren, a donc décidé en 2015 d’assurer l’inventaire de l’ensemble de la collection, de la déménager dans ses réserves et de fermer les locaux actuels au public à compter de la fin du mois de mars 2016 pour un transfert des pièces dès avril ».

L’université assure notamment la collection sera à nouveau ouverte aux chercheurs et étudiants sur le campus Jussieu à partir du mois de septembre, « sur rendez-vous, comme c’est le cas pour la plupart des collections scientifiques ». Les locaux libérés seront, eux, mis à disposition de l’université Paris Descartes pour y installer des bureaux.

Mais pour Martine Chauffeté, ces annonces n’ont rien d’une bonne nouvelle. Elle y voit une fermeture déguisée du célèbre musée. Alors, cette enseignante d’anglais médical à l’université Paris 5 Paris-Descartes a lancé début février avec d’autres enseignants une pétition pour « sauver le musée ». Elle a déjà récolté près de 6.000 signatures.

« Un musée accessible sur rendez-vous n’est plus un musée »

« La préservation de ce véritable trésor patrimonial, situé en plein cœur du Quartier Latin, est indispensable pour perpétuer et développer des recherches actives, pluridisciplinaires et orientées vers l’avenir », décrit Martine Chauffeté, sur le site Change.org. Contactée par 20 Minutes, elle dénonce la méthode de l’université. « Un musée accessible sur rendez-vous n’est plus un musée ». D’autant que selon elle, les réserves du campus de Jussieu sont « en sous-sol et mal éclairées ». « Tout est fait, pour que les visiteurs ne viennent pas », déplore-t-elle. Mais Jussieu ne pourrait être que temporaire.

« Le projet de rassembler et d’exposer dans de bonnes conditions les collections médicales parisiennes dans un lieu adapté est actuellement à l’étude avec nos partenaires », rassure l’équipe de l’université. Alors, Martine Chauffeté, veut y croire et cible déjà un établissement quasiment vidé de sa substance, pouvant servir à la sauvegarde du Dupuytren : L’Hôtel-Dieu.