« La vie reprendra son cours »

Magali Gruet

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La cité du Franc-Moisin de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) n'a « jamais été aussi calme », admet une riveraine. Depuis hier ce quartier « sensible », dont le Franprix ouvert le 6 juin dernier a été attaqué à trois reprises cette semaine, est encerclé par les forces de police (lire aussi p. 4). Son directeur, Mahmed Abderrahmen, tient le coup, car le ministère de l'Intérieur lui a promis hier un renforcement policier autour de son commerce.

En uniforme ou en civil, les agents veillent désormais 24 heures/24, mais les habitants sont fatalistes. « Quand le soufflé médiatique sera retombé, les policiers partiront, et la vie reprendra son cours. » Un cours « agressif, où l'on hésite à prendre son sac à main pour aller faire les courses ». Marcel et Huguette, un couple de retraités qui habite la cité depuis dix ans, racontent que « les vols à l'arraché sont courants », mais ils « refusent de rester enfermés » chez eux. « Si on ne vient plus faire nos courses ici, non seulement les commerces vont mourir mais en plus les voyous auront gagné, et il n'en est pas question », assènent-ils.

Dans les boutiques alentour, les commerçants pratiquent l'omerta. Ils n'ont « rien vu », « rien entendu », n'ont « aucun problème avec les jeunes du coin, il suffit de savoir leur parler ». Pourtant, la plupart se sont fait braquer dans les derniers mois. La librairie a été dévalisée, le magasin de téléphonie a été dévasté par une voiture bélier en feu au mois de mai et n'a rouvert que la semaine dernière. « Il faut vivre avec. Quand vous vous installez ici, c'est la règle », confie l'un d'entre eux.

Tous victimes, ils arrivent quand même à trouver une justification aux attaques acharnées contre le nouveau Franprix. « Le directeur parle mal aux jeunes », lancent-ils d'une seule voix sans plus d'explication. L'un de ses employés précise leur pensée. « Lorsque des gars de la cité entrent dans le magasin, le directeur les suit pour éviter qu'ils ne volent des choses. Ça crée un climat tendu, il s'y prend mal. » La rumeur dit aussi qu'il aurait « refusé d'embaucher des gens de la cité ». Et certains lui reprochent même d'« habiter l'Essonne ». « Il vient ici avec sa voiture immatriculée 91 et il veut faire sa loi », insiste un commerçant. Mais hier, Mahmed Abderrahmen a assuré qu'il ne se laisserait pas intimider. « J'ai le droit de travailler où je veux sans me faire agresser. J'ai reçu des menaces de mort alors que je gagne ma vie honnêtement. Les délinquants ne doivent pas faire la loi », assène-t-il.

Selon un groupe local de traitement de la délinquance (GLTD), mis en place au début de l'année, la rue Danielle-Casanova où est installé le Franprix serait réputée particulièrement criminogène, avec une montée des violences contre les personnes depuis un ou deux ans.

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