Les formations aux premiers secours prises d'assaut depuis les attentats

SOLIDARITE Que ce soit des initiations de deux heures ou des formations d’une journée, elles font le plein depuis novembre…

Delphine Bancaud

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Des employés de la Croix Rouge Française font la démonstration des aides de premiers secours le 21 novembre 2015 à Paris
Des employés de la Croix Rouge Française font la démonstration des aides de premiers secours le 21 novembre 2015 à Paris — LOIC VENANCE AFP

« Les attentats de novembre 2015 ont agi comme un déclencheur pour moi. Je me suis demandé comment j’aurais pu réagir si je m’étais trouvé sur le lieu d’une des fusillades, pour aider les victimes. J’ai donc décidé de m’initier aux gestes qui sauvent pour avoir en tête un plan d’action en pareille situation », raconte Nacim, 25 ans. Fort de ces bonnes intentions, il a suivi en janvier une initiation gratuite aux premiers secours, proposée depuis le 15 janvier par les sapeurs-pompiers de Paris le samedi pour répondre à la forte demande des Franciliens.

Et il est loin d’être le seul, comme le confirme le commandant Gabriel Plus, porte-parole de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). « On a enregistré 6.000 demandes d’inscription à ces formations depuis janvier, soit 200 par jour. Et les deux séances que l’on propose chaque samedi dans six casernes parisiennes affichent complet jusqu’à la fin février. Beaucoup de participants ont la trentaine et viennent en famille ou avec des amis », précise-t-il.

Des initiations de 2 h dans toute la France dès février

Ces formations qui réunissent entre 15 et 20 personnes par séance durent deux heures pendant lesquelles les participants apprennent à réagir en cas de circonstances exceptionnelles (par exemple, une fusillade) ou de situations plus classiques (par exemple, une personne faisant un arrêt cardiaque). « J’ai ainsi appris à dégager une personne blessée, à mettre quelqu’un en position latérale de sécurité, à poser un garrot ou à faire un massage cardiaque. Désormais, j’ai l’impression que j’aurais les bons réflexes si je me retrouve face à des personnes en danger », explique Nacim. Les participants apprennent aussi à donner les bonnes informations aux pompiers, s’ils ont à les prévenir d’une catastrophe.

 

Pour répondre à l’engouement du grand public pour ces modules, la BSPP a d’ailleurs décidé de les proposer dans six autres casernes de la grande Couronne à partir du 6 février prochain. « Notre objectif est de former 6.000 personnes d’ici à l’été et tant qu’il y aura de la demande, on continuera ces modules », ajoute le commandant Gabriel Plus. Fort de l’exemple de Paris, le ministère de l’Intérieur a d’ailleurs décidé d’étendre ces initiations gratuites aux premiers secours de 2 h à tout le territoire à partir du mois de février.

Le PSC1 très prisé depuis novembre

Les associations qui délivrent des formations diplômantes en prévention et secours civiques de niveau 1 (PSC1), qui durent une journée, voient elles aussi les demandes affluer. C’est le cas de la protection civile de Paris, comme le confirme son directeur adjoint, Pierre-Emmanuel Ranson : « Entre le 13 novembre et la fin décembre 2015, les inscriptions ont augmenté de 300 % par rapport à la même période en 2014. Cette hausse ne s’explique pas uniquement par les attentats, car beaucoup de personnes passent le PSC1 par nécessité professionnelle (les chauffeurs de taxi, les chauffeurs de VTC, les instituteurs). Il n’empêche qu’avec les événements de janvier, beaucoup de personnes se sont rendu compte qu’elles n’auraient pas eu les moyens d’agir si elles avaient été sur place », explique-t-il.

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Les témoignages dans les médias de quelques passants qui ont pu sauver des vies parce qu’ils connaissaient les gestes qui sauvent ont aussi beaucoup joué. Même son de cloche à la Croix Rouge : « Entre le 13 novembre et le 31 décembre, on a enregistré une hausse de 60 % des inscriptions en PSC1 à Paris par des personnes de tous profils. Il y a eu une prise de conscience que ces attentats risquaient de se produire et qu’il fallait se préparer à réagir », observe Patrice Dallem, directeur de l’urgence et du secourisme à la Croix-Rouge.


Initiations aux premiers secours par Ministere_intérieur

Et même si la formation au PSC1 est payante (60 euros), cela ne semble pas freiner les bonnes volontés, car la demande a continué à s’accroître en janvier. « Depuis les attentats, les entreprises ont aussi décidé d’envoyer leurs salariés en formation », note Pierre-Emmanuel Ranson. Une formation forcement plus complète et plus longue que l’initiation proposée par les pompiers : « On apprend à bien alerter les secours, à arrêter une hémorragie, à faire un massage cardiaque, mais aussi à poser un défibrillateur et à intervenir quand une personne s’étouffe », poursuit-il. Avec beaucoup de mises en situation pour pouvoir corriger les mauvais gestes.

Reste que ces bons réflexes ont besoin d’être entretenus pour ne pas être oubliés. « Il est toujours possible de se remettre dans le bain en consultant le site Préparez-vous, mais il est surtout recommandé de faire la formation AMD (appeler, masser et defibriller) qui dure une heure, dans l’idéal une fois par an », conseille Patrice Dallem.