Paris: «Le Carillon», un réseau de commerçants du 11e qui s’engage pour les plus démunis

SOCIETE Lancée fin 2015, l’association « Le Carillon », regroupe désormais vingt-trois commerçants du quartier qui proposent près de 115 services pour les SDF… 

Romain Lescurieux

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Charly (à gauche) et Louis-Xavier Leca, fondateur de l'association « Le Carillon »
Charly (à gauche) et Louis-Xavier Leca, fondateur de l'association « Le Carillon » — R.LESCURIEUX

« Tu peux utiliser la prise électrique si tu veux », lance par une fraîche matinée Charly à un sans-abri. Dans cette poissonnerie de la rue Oberkampf (11e arrondissement), ce commerçant et figure du coin, propose depuis novembre dernier différents services aux SDF : boire un verre d’eau, récupérer un duvet ou encore discuter. Et comme Charly, ils sont aujourd’hui vingt-trois - des gérants de bar, de restaurants et pharmaciens du quartier - à faire partie de ce réseau nommé « Le Carillon ».

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« Des petits services indolores qui apportent beaucoup »

Si le nom a été trouvé avant les attentats de novembre 2015, qui ont notamment touché le 11e arrondissement, la logique de solidarité et de se retrouver reste d’autant plus d’actualité depuis ces événements tragiques. « Le carillon est un instrument de musique composé de cloches aux sonorités différentes, mais créant une harmonie musicale. Nous, on s’appuie sur des parcours et des individualités différentes qui, ensemble, créent une harmonie sociale », explique Louis-Xavier Leca, à la tête de cette jeune association parisienne.

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« Le but de ce projet est collaboratif, citoyen et en complément de l’action sociale », ajoute ce jeune homme de 27 ans, qui a commencé à monter la structure en 2014. « L’idée est de casser le sentiment de rejet et travailler sur l’acceptation dans un quartier » tout en permettant « d’améliorer les conditions de vie » des personnes à la rue et de « recréer du lien social avec leurs concitoyens ». Et ce via « des petits services indolores pour les commerçants, qui ne prennent pas beaucoup de temps mais qui apportent beaucoup aux bénéficiaires », détaille-t-il.

Ainsi, avec des bénévoles, et en collaboration avec des structures comme la Croix-Rouge, il est allé voir au fil de l’année 2015 les commerçants du quartier pour leur proposer d’adhérer – gratuitement – à ce réseau d’entraide. Charly, le poissonnier a été le premier a s’inscrire et arborer le logo bleu du « Carillon » sur sa devanture. Très vite, d’autres ont suivi. Comme la pharmacie située au 38 de l’avenue Parmentier.

« J’ai trouvé ça cohérent et concret surtout après ce qu’il s’est passé »

« Ils sont venus me voir il y a trois semaines pour me présenter l’association. J’ai trouvé ça cohérent et concret surtout après ce qu’il s’est passé dans notre arrondissement », note le titulaire de l’officine, Rudy Setti, 28 ans. Il a donc décidé en tant qu’acteur de santé de proposer un accès à une trousse à pharmacie, d’appeler en cas d’urgence, de remplir une gourde ou boire un verre d’eau, de passer un coup de téléphone et d’avoir accès gratuitement à quelques produits d’hygiène corporelle et d’esthétique. « Après, ce sont des services que l’on rend de base depuis longtemps », précise-t-il. Même constat pour le restaurant Chez Colette, basé à quelques mètres.

« Nous avions déjà des personnes démunies du quartier qui se rendaient ici pour un plat chaud. Et nous avons adhéré au « Carillon » en novembre pour continuer cette solidarité et proposer d’autres choses comme la distribution de duvets », note Céline, 30 ans, la patronne, qui dit ne pas avoir plus de visites depuis. Aujourd’hui, 115 services sont proposés par l’ensemble des commerçants qui ont adhéré. Mais pour Charly, un service reste au-dessus des autres.

« Le plus important c’est de discuter et écouter »

« Avec tout ce qu’il s’est passé, le plus important c’est de discuter et écouter », dit Charly. « La discussion n’est pas un service en soi mais c’est est au cœur de notre projet. C’est le symbole du lien social », enchérit Louis-Xavier Leca. « Arrêtons d’être égoïste. Alors, avançons ensemble », s’exclame Charly, bonnet rayé vissé sur la tête. Plus de dix personnes dans le besoin sont déjà passées dans son établissement depuis fin novembre. Et il ne souhaite pas s’arrêter là.