Matthieu Bosser des Vignerons Parisiens (à gauche) et Julien Bengué dans sa Winerie (à droite)
Matthieu Bosser des Vignerons Parisiens (à gauche) et Julien Bengué dans sa Winerie (à droite) — R.LESCURIEUX

INNOVATION

Paris: Ils veulent faire revivre la tradition du vin dans la capitale

Des chais urbains de vinification commencent à ouvrir leurs portes dans la capitale. Leurs noms: Les Vignerons Parisiens et la Winerie Parisienne…

Boire une cuvée « Turbigo » ou un blanc sorti tout droit de la rue de Montreuil, c’est bientôt possible. Après l’ouverture d’une distillerie au cœur du 10e et l’explosion des micros brasseries parisiennes, des entrepreneurs se lancent désormais dans une aventure viticole à la sauce parisienne.

>> A lire aussi : La capitale est-elle devenue la place forte de la bière artisanale et des micro-brasseries ?

Près de 50 ans après la fermeture des derniers chais de Bercy, deux chais urbains de vinification - Les Vignerons Parisiens et la Winerie Parisienne - commencent à ouvrir leurs portes. Si le raisin ne vient pas d’Ile-de-France, toutes les étapes de production seront toutefois réalisées dans la capitale.

Ramener « du raisin en ville » et un « savoir-faire »

« Nous voulons faire renaître l’histoire viticole parisienne en ramenant un savoir-faire » se réjouit Matthieu Bosser, 37 ans, co-fondateur des « Vignerons Parisiens ». Une idée qui a germé en 2014 en étudiant ce récent mouvement de production locale lancée à New-York dans le quartier de Brooklyn. « A Paris, il n’y avait rien. Du coup, nous avons décidé avec trois associés de produire le vin, là où les gens le boivent » poursuit ce Parisien, dans son local encore en chantier, rue de Turbigo (3e). L'ouverture officielle est prévue pour le mois de mars.

A quelques kilomètres, à l’est de la capitale, rue de Montreuil (11e), Julien Bengué, 29 ans, nous fait la visite de sa Winerie ouverte depuis décembre.

« Nous nous inscrivons dans la tradition parisienne : sélectionner des lots de vins, les faire venir à Paris, les assembler et les y embouteiller » explique ce trentenaire qui souhaite depuis un an avec un ami d’enfance, faire revivre les halles aux vins de la capitale. « L’idée est surtout de faire participer les parisiens à l’élaboration de nos cuvées. C’est pourquoi, à partir des raisins des vendanges 2016, nous vinifierons nos cépages préférés dans notre chai à Paris » dit-il. Le but : rafraîchir le secteur viticole. « Nous voulons décomplexer le rapport au vin », sourit Julien Bengué.

« Le vin reste un domaine fermé et un peu poussiéreux »

« Le vin français perd du terrain par rapport à d’autres pays. Notamment, car c’est un domaine encore fermé et un peu poussiéreux », déplore Matthieu Bosser, qui proposera aussi des visites et cours d’œnologique. D’autant que « la tradition viticole en Ile-de-France a existé mais a complètement disparu », rappelle Julien Bengué.

>> A lire aussi : Et si l’Île-de-France redevenait une terre de vins ?

Si des vignes existent encore dans Paris - notamment à Montmartre - la production reste en effet assez faible pour ces espaces davantage pédagogiques. Mais les règles pourraient évoluer : « La déréglementation des droits de plantation à l’échelle européenne va nous permettre de planter des vignes en île de France, pour produire des vins issus de l’agriculture du Grand Paris. », assure Julien Bengué.

Entre 13 et 17 euros la bouteille

Dans quelques mois, des raisins arriveront donc de la Vallée du Rhône directement rue de Turbigo pour être vinifié et mis en bouteille. A partir d’avril 2017, 35.000 bouteilles de 5 cuvées seront produites chaque année chez les Vignerons Parisiens, avec des prix à la bouteille oscillant entre 13 et 17 euros. Et 14 euros pour la Winerie Parisienne qui espère, elle, une production de 20.000 bouteilles par an.

Tous sont en contact avec des cavistes et points de ventes. Mais avec 400.000 euros d’investissement, Matthieu Bosser reste lucide : « Une fois que l’effet de surprise sera passé, seule la qualité du vin va compter. Nous avons beau faire du vin à Paris, si les gens repartent déçus, c’est fini ».