Réouverture du Carillon à Paris: « Ce soir, le vin est amer mais plein d’espoir »

ATTENTATS Deux mois jour pour jour après les attentats qui ont coûté la vie à quinze personnes en ces lieux, le bar le Carillon (Paris 10e) a rouvert ses portes. Presque comme avant…

Romain Lescurieux

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Le Carillon a rouvert ses portes ce mardi
Le Carillon a rouvert ses portes ce mardi — SIPA PRESS

« Allez, un demi et c’est parti », lance tout sourire le serveur, avec son tee-shirt noir floqué « Carillon ». Ce mercredi, deux mois jour pour jours après les attentats du 13 novembre qui ont fait quinze morts et des dizaines blessées au coin de la rue Bichat et de la rue Alibert, le Carillon (Paris 10e) a rouvert ses portes sous l’œil de nombreux journalistes. Puis, vers 18h, le bistrot a retrouvé ses clients. Sa fougue. Et pour cause.

Bar du coin, bar de quartier, de hipsters et d’habitués, le Carillon est l’un des premiers lieux visés par les terroristes le vendredi 13 novembre au soir. Il est alors un peu moins de 21 h 30. Tout cela, ce mercredi soir, personne ne l’oubliera. Les fleurs, les bougies sont là pour l’attester. Mais au comptoir, sur un bout de chaise ou à l’extérieur un verre à la main et une clope au bout des lèvres, on en parle un peu, mais pas seulement.

L’entrée du Carillon ce mercredi soir. R. Lescurieux/20 Minutes

« Et surtout la santé »

Il y a des jeunes, il y a des vieux et des enfants qui courent sur le carrelage en mosaïque de la pièce principale qui cocotte légèrement la peinture. En terrasse, Boris, rouflaquettes au coin des joues, est heureux de retrouver ses habitudes. « Je venais souvent avant. Avec des copains. Avec des copines. On parlait de tout, de la pluie et du beau temps. J’ai vraiment eu mal au cœur ce soir de novembre. Mais ce soir ça repart. », lâche ce sexagénaire, les larmes aux bords des yeux. « Et surtout la santé », gueule-t-on à quelques tables en trinquant et en s’envoyant des bises. « Au fait, je ne t’ai pas dit, je veux des enfants », s’exclame une brune à la droite de l’entrée.

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Sur le zinc, les prix s’affichent : 3 euros le demi, 4,50 euros le verre de Brouilly et chips à volonté pour l’assemblée. L’ambiance est légère. Presque comme avant. « Le ti-punch est toujours aussi fort et la planche de charcuterie est sûrement toujours aussi dégueulasse », rigole une jeune fille. Pourtant ce n’était pas gagné d’avance. Trop de monde attendu, « trop de pression », évoquait la veille, dans la presse, Ali Amokhrane, le tenancier de l’établissement qui a préféré repoussé à l’après-midi l’ouverture. Il voulait que tout se passe le plus normalement possible. Mais les clients lui ont donné des raisons d’y croire.

« Ce lieu ne doit pas être un lieu de recueillement »

« Quand on voit cette équipe jeune, souriante et dynamique c’est impressionnant et ça fait plaisir », salue Ismaël, 20 ans, salarié dans la restauration. « Etre assis ici en terrasse, à côté d’impacts de balles rebouchés, ça fait bizarre. Je me dis que comme moi des gens sont venus boire un verre et ne sont pas rentrés chez eux. Mais le courage de l’équipe nous fait penser à autre chose », glisse-t-il.

A l’intérieur du Carillon ce mercredi soir. R. Lescurieux / 20 Minutes

Même constat pour deux retraitées accoudées au bar. « Malgré tout ce qu’il s’est passé, ce lieu ne doit pas être un lieu de recueillement mais un endroit où on continue de vivre », détaille Marie-Christine, 60 ans, en regardant sa sœur, Isabelle, cinq ans de moins, qui reprend la discussion. « Ce soir, le vin est amer, mais plein d’espoir », sourit-elle, fière de participer à cette soirée. « Avec un verre à la main, nous sommes tous égaux », rigole dehors Mohammed, dit « Momo ». A cet instant, un verre se brise au comptoir. Des cris détonent. Suivis d’une explosion de rire.

Mohammed et Boris à la terrasse du Carillon. R. Lescurieux/20 Minutes