Ile-de-France : Il n’y avait pas de questions taboues ce week-end dans les mosquées

RELIGION Une vingtaine de mosquées franciliennes ouvraient leurs portes ce week-end à l’occasion du thé de la fraternité, organisé pour rapprocher musulmans et non-musulmans un an après les attentats de janvier…

Fabrice Pouliquen
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F. Pouliquen / 20 Minutes

Il fallait bien sûr retirer ses chaussures avant de pénétrer dans la salle de prière et respecter le recueillement des fidèles. Mais sinon, on pouvait déambuler à souhait ce week-end dans la Grande Mosquée de Paris et dans la vingtaine d’autres mosquées franciliennes qui participaient au thé de la fraternité.

Un an après les attentats de janvier, l’opération visait à casser les amalgames et faciliter le dialogue entre musulmans et non-musulmans. Le Conseil français du culte musulman (CFCM), organisateur de l’opération, avait promis : aucune question ne serait taboue.

« Pourquoi l’islam interdit de manger du porc ? »

Albert, retraité très curieux, ne s’en est pas privé en croisant dans les couloirs de la Grande mosquée l’imam de Villejuif. « Avez-vous droit de vous marier ? Comment êtes-vous formés ? A quelles heures sont les prières ? Pourquoi l’islam interdit de manger du porc ? »…

Assailli de questions, l’imam en a même loupé la prière de l’après-midi qu’il était censé conduire. « Pas grave, nous avons l’habitude », lâchait-il dans un sourire. C’est vrai que le thé de la fraternité ne cassait guère la routine à la Grande Mosquée de Paris. « Les gens l’oublient, mais elle est ouverte chaque jour aux visiteurs à l’exception du vendredi, indique Slimane Nadour, chargé de la communication à la Grande Mosquée de Paris. Quelle que soit leur religion. »

La règle est le même quelques kilomètres plus au sud à la mosquée du Kremlin-Bicêtre. Elle aussi participait ce dimanche au thé de la fraternité. « Mais les portes sont toujours ouvertes ici, répète Naïm, membre de l’association qui gère les lieux. Nous ne vivons pas repliés sur nous-mêmes. Nous nous impliquons beaucoup dans la vie associative du Kremlin-Bicêtre. »

Un travail de longue haleine

Ici, de toute façon, l’œcuménisme coule de source. La mosquée niche dans une petite rue pavillonnaire dans laquelle se trouve aussi la synagogue, quelques pas-de-porte plus loin. Le voisinage dure depuis 2007 et se fait sans accroc. D’ailleurs, Albert Myara, président de la communauté juive du Kremlin-Bicêtre, est venu prendre le thé ce dimanche à la mosquée. « Les différentes communautés religieuses du Kremlin-Bicêtre se réunissent aussi tous les deux mois autour d’une table ronde pour débattre d’un thème de société », complète Naïm.

Alors à quoi bon ce thé de la fraternité ? « Parce qu’il est toujours bon de prendre le temps de répondre aux questions, de casser les préjugés, martèle Amar, professeur d’arabe littéraire croisé à la mosquée de Paris. L’islam n’a rien à voir avec les actes terroristes qui ont été perpétrés en son nom en 2015 à Paris. Que savent ces terroristes de l’islam ? Absolument rien. »

Des curieux et des gens venus exprimer leur solidarité

La Grande mosquée de Paris n’a jamais été pleine à craquer ce dimanche. Mais les visiteurs sont venus dans un flot continu tout au long de la journée. De quoi satisfaire l’imam de Villejuif. « Il y avait ceux en quête de réponses à leur question sur notre religion mais ceux aussi venus apporter leur solidarité à la communauté musulmane, observe-t-il. Comme Alice et Isabelle, « pas du tout branchées de religion », mais « passionnées d’architecture ».

Ou comme François Hollande. Le président de la république a fait une visite surprise, peu avant midi, à la Grande Mosquée de Paris avec son ministre de l’Intérieur et des cultes, Bernard Cazeneuve. « Il a rappelé que l’Islam fait partie de la république et que la communauté musulmane est dans les premières victimes de ces actes terroristes », rapporte Slimane Nadour. Cela aussi, c’était important de le dire.