Attentats de Paris: «Nous avons perdu une année à dire qui était qui», estime le street artist Combo

ART En commémoration des grandes marches républicaines de janvier 2015, l’Institut du monde arabe (IMA) accueille à partir de ce jeudi, l’exposition « Coexist » du street artist Combo…

Propos recueillis par Romain Lescurieux
— 
Le street artist Combo dans son atelier parisien
Le street artist Combo dans son atelier parisien — R.LESCURIEUX

Il y a un an, après les attentats de « Charlie Hebdo », Combo, le street artist français né d’un père libanais chrétien et d’une mère marocaine musulmane est agressé alors qu’il colle sur un mur à la Porte Dorée, une affiche de lui en djellaba accompagnée du mot « Coexist » avec un croissant musulman pour le C, une étoile de David pour le X et une croix chrétienne pour le T.

>> A lire aussi : Après l’agression du street artiste Combo, son « Coexist » fleurit sur les murs

Touché par cet œuvre prônant la paix et la tolérance entre les religions, Jack Lang l’invite alors à distribuer et afficher ce message à l’Institut du monde arabe (IMA).

Un an après, à l’occasion de son exposition en ces lieux à partir de ce jeudi jusqu’au 6 mars, Combo revient pour « 20 Minutes » sur ce travail d’une année marqué par une seconde vague d’attentats en novembre.

A travers des collages, des photos, des peintures, quel message voulez-vous faire passer dans cette exposition ?

Briser les idées reçues et les clichés sur le thème de la religion, la différence physique, la féminité, les migrants, la jeunesse, la mort et l’amour. Et le vivre ensemble. Dans cette exposition, je raconte une histoire, qui mène au fil du temps au message « Coexist » que j’ai lancé il y a un an. J’ai imaginé ce chemin en trois parties - le passé, le présent et le futur - pour montrer que la coexistence évolue à travers de nombreux événements vécus et à venir.

Et dans ce raisonnement, le lancement de votre exposition à l’Institut du monde arabe à la date symbolique du 7 janvier est important ?

Evidemment. Mon travail a débuté avec les événements de Charlie Hebdo et s’est prolongé ensuite avec tout ce qu’on a pu voir sur l’antisémitisme, le port du voile et la crise migratoire. Ces sujets ne sont pas déconnectés mais bien liés entre eux aux événements de janvier. A chaque fois, on y retrouve les notions de religiosité, de racisme. Des thèmes que je confronte et que je mets en perspective dans mon travail pour essayer de les rendre moins complexes.

Vous aimeriez que les gens se disent quoi en sortant de cette expo ?

Je les interpelle par des choses provocantes. Parfois choquantes. Mais toujours avec du second degré. Je veux les confronter à l’image qu’ils ont de la religion. Et à travers le passé, je veux montrer que les problématiques actuelles ont toujours existé. Ce n’était pas mieux avant. J’essaye de démontrer que les religions sont similaires et que la différence est un point commun qu’on partage tous.

Un an après, où en est le message « Coexist » ?

Aujourd’hui, je ne peux plus peindre « Coexist ». Ça n’a plus de sens. Pendant un an, on disait que les religions devaient vivre ensemble car c’est précisément ce qui a été attaqué en janvier. Les terroristes voulaient créer des scissions dans les communautés. Mais en nous attaquant tous en novembre, ils nous ont fédérés. Ils ont fait mon boulot. A la fin de l’année, nous étions debout, différents et ensemble.

Qu’est ce qui doit être fait pour que ce schéma perdure ?

Nous avons perdu une année à dire qui était qui et qui faisait quoi. Il ne faut donc pas compter sur les médias et les politiques pour rester debout, différents et ensemble. Nous nous battons contre des moulins à vent. Alors, ça ne tient qu’à nous, qu’aux gens, et la foi en nos actions. En travaillant sur mon message « debout » de novembre, j’ai rencontré des associations, des individus, qui veulent faire bouger les lignes.

En janvier, à la Porte Dorée, vous êtes agressé. En novembre, vous décidez de raser votre barbe que vous portiez « par défi ». Quel regard portez-vous sur ces événements personnels ?

Nous avons tous vécu les attentats de manière personnelle. Mais en plus de ces attaques, de mon agression, il y a eu beaucoup de polémiques. C’était fatigant, éprouvant. Mais au final, j’ai beaucoup appris sur moi-même en mettant en scène un musulman et grâce à mes amis juifs et chrétiens. L’année 2015 aura au moins permis de se poser des questions de savoir qui on était. C’est important au moment où on se demande c’est quoi la France ?

Informations pratiques

Quand : Du 7 janvier au 6 mars 2016

 : Salle d’actualités, niveau -2 à l’Institut du monde arabe/Visite à l’atelier de l’artiste (entrée libre) : 20, rue Danielle Casanova, 75002 Paris

Combien : 5 euros tarif normal/3 euros tarif réduit/Billet couplé musée : 10 euros/8 euros tarif réduit

Horaires :
Mardi - jeudi : 10h-18h
Vendredi : 10h-21h30
Samedi, dimanche et jours fériés : 10h-19h