Ile-de-France: Vue de la fenêtre, la banlieue parisienne est plus belle

PHOTOGRAPHIE Jusqu’à mi-avril, le Théâtre de la Nuit arpente les villes de la banlieue parisienne pour inciter les habitants à expédier des photos prises depuis leur fenêtre...

Fabrice Pouliquen

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Photo prise d'une fenêtre à Nogent-sur-Marne. Lancer le diaporama
Photo prise d'une fenêtre à Nogent-sur-Marne. — @Kim / Vues de nos fenêtres

« De ma fenêtre, il n’y a rien de très beau à voir… » Combien de fois Maud, Tatianna et Elarif se sont heurtés à cette remarque au fil de leur rencontre. Il faut dire que leur requête peut surprendre aux premiers abords. Depuis septembre, le trio, en service civique, sillonne la banlieue parisienne en demandant aux habitants de leur expédier des photos prises de leurs fenêtres. A Chelles (Seine-et-Marne), à Suresnes (Hauts-de-Seine), au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) ou à Enghien-les-Bains (Val-d’Oise) où ils étaient ce mercredi et où ils passeront les prochains jours.

Une première expérience à Arcueil

Leur projet s’intitule « Au-delà du périph, nos villes vues de nos fenêtres » et met à contribution quatre autres Franciliens en service civique et également sur le terrain. Anaïs, Bertrand, Johanna et Paul. Derrière le projet, il y a aussi et surtout une association, le Théâtre de la nuit, qui n’en est pas à son premier coup d’essai. « En 2010 déjà, nous avions lancé une première expérience similaire à Arcueil (Val-de-Marne), raconte Florence Ralaimongo, coordinatrice du projet. L’idée alors de Dominique Coz, la comédienne à l’origine de l’association, était de questionner les représentations qu’on a des banlieues. Cette tendance à les réduire à des villes-champignons, sans histoires, minées par la violence. »

En quatre mois, le Théâtre de la nuit récolte alors près de 200 photos tirées au format A3 puis exposées. « Un joli succès, se rappelle Florence Ralaimongo. Sur les clichés, on voyait du ciel, de grands vis-à-vis, des couchers de soleil, de la verdure, des balcons fleuris ». Cinq ans plus tard, rien n’a changé. « Ni les perceptions sur les banlieues », regrette Florence Ralaimongo. Ni l’esprit du projet. Seul le périmètre de la collecte a été élargi. D’Arcueil, il est passé à l’agglomération parisienne. D’ici mi-avril, Florence et ses troupes auront sillonné 30 communes de la périphérie parisienne choisies au fur et à mesure par un collège scientifique qui accompagne le projet.

Une participation en quelques clics

A chaque fois, la démarche est la même. « Nous restons en moyenne quinze jours sur place, indiquent Maud et Tatianna. Nous commençons par nous faire connaître à l’office de tourisme, la mairie, la médiathèque… Puis nous allons peu à peu à la rencontre des habitants. » Elles expliquent alors que la participation à leur projet tient en quelques clics. Il suffit de prendre d’une à huit photos depuis sa fenêtre, même avec son smartphone, et de les poster sur www.vudenosfenetres.com, dans le format d’origine non réduit. Quelques jours après, elles apparaissent sur le site, sans censure. « Et peu importe l’esthétique, martèle Maud. Le commentaire qui accompagne obligatoirement la photo est aussi très important. »

A mi-parcours, « vues de nos fenêtres » a déjà compilé entre 300 et 400 photos. Certaines montrent à voir des barres d’immeubles et du bitume à perte de vue. Mais dans le lot, figurent aussi des clochers d’églises, des alignements de toits aux tuiles rouges, des arcs-en-ciel et des couchers de soleil, et même un olivier qui prend le soleil sur un balcon. « L’agglomération parisienne dans toute sa complexité, résume Florence Ralaimongo. C’est ce que vise le projet, sans aucune censure. »

Une grande exposition fin 2016 ?

Vues de nos fenêtres espèrent récolter une trentaine de photos par villes visitées d’ici avril. La collecte donnera lieu à une nouvelle exposition fin 2016-début 2017. Florence Ralaimongo l’espère dans un lieu emblématique de Paris. « Histoire de frapper un grand coup ».