Attentats à Paris: Un mois après, les Parisiens ressortent mais changent certaines de leurs habitudes

LOISIRS Salles de concerts, restaurants, bars… Si l’impact des attaques du 13 novembre a été terrible pour les professionnels dans les jours qui ont suivi, la fréquentation des lieux repart…

Romain Lescurieux

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Le café "Bonne bière", un des sites des attentats du 13 novembre à Paris, le 2 décembre 2015
Le café "Bonne bière", un des sites des attentats du 13 novembre à Paris, le 2 décembre 2015 — JOEL SAGET AFP

« Des croque-monsieur dans les brasseries aux happy hours dans les bars, on sent que la clientèle jeune et parisienne a repris le chemin de sa vie », détaille Didier Chenet, président du Synhorcat (Syndicat national des hôteliers restaurateurs cafetiers traiteurs). En effet, près d’un mois après les attentats, les Parisiens ressortent, mais ont toutefois changé certaines de leurs habitudes.

Restauration : « Le soir, c’est là où le bât blesse »

Dans le secteur de la restauration, la fréquentation reste « très irrégulière », affirme Didier Chenet. « La vie a repris son cours au moment du déjeuner avec une baisse de 5 % par rapport à l’année dernière à la même époque. En revanche, le soir, c’est là où le bat blesse », poursuit-il.

Selon le syndicat, ce créneau enregistre une baisse de 25 % à 30 % dans Paris intra-muros. Contre 50 % juste après les attentats. « A noter que ceux qui viennent dîner, arrivent et repartent plus tôt. Il y a beaucoup moins de deuxième service. Et l’affluence est très difficile à envisager ». Enfin, l’Est de la capitale - notamment le 11eme arrondissement - subit en revanche toujours l’onde de choc, où certains restaurants affichent une baisse de 40 %.

Vie nocturne : « La clientèle habituelle revient »

La baisse de fréquentation dans les lieux de petites restaurations, brasseries et les bars, est aux alentours à 10 %, d’après le Synhorcat. Contre plus de 50 % juste après les attaques. « Nous avons perdu 30.000 euros. L’activité a été gelée pendant près de deux semaines mais c’est là reparti au rythme normal », explique Nicolas Furlani, co-fondateur et directeur général, Privateaser, une start-up qui permet de privatiser un bar ou un restaurant.

« Par contre, les gens sortent moins la semaine individuellement ou petit comité mais ils continuent d’organiser des événements de groupes. Ça reste important pour eux de se réunir et faire la fête avec leurs amis et leurs familles, », note-t-il. En revanche, les soirées professionnelles souffrent encore. « Il y a eu énormément d’annulations de fête de fin d’année d’entreprise par exemple », commente Didier Chenet.

Concerts : « On estime à 35 % la baisse de ventes de billets » contre 80 %

Dans les quatre jours qui ont suivi l’attaque du Bataclan, les ventes de billets ont baissé de 80 %, selon le Prodiss (Syndicat national des producteurs, diffuseurs et salles de spectacles). Mais au fur à mesure, celui-ci a indiqué que les ventes remontaient. « L’activité reprend. Près d’un mois après on estime à 35 % la baisse de ventes de billets par rapport à l’année dernière », indique Aline Renet du Prodiss, qui tient à saluer la solidarité, la mobilisation et l’envie de vivre des spectateurs mais aussi des artistes.

Côté habitudes, certains amateurs de musique notent des changements de comportements dans les salles nocturnes. « Je n’ai jamais vu autant de monde refiler ou revendre sa place », dit Guillaume, qui s’est rendu à un concert de rock au Trianon début décembre. Ce trentenaire avoue une « ambiance spéciale ». « On sent que les gens n’étaient pas tout à fait détendus. Du moins avant le concert ». Même constat du côté de Julie, qui se souvient ne pas avoir été la seule à jeter un coup d’œil aux issues de secours avant le début d’un concert, il y a quelques jours. « J’ai regardé où elles étaient. Et j’ai essayé de me placer pas trop loin ».

Si les Parisiens ressortent, en revanche, les touristes, eux, ne sont pas revenus dans la capitale. « Les hôtels enregistrent une très forte baisse. Jusqu’à 60 % dans l’est de Paris. Et surtout, nous n’avons aucune visibilité. Car il n’y a plus de réservations », déplore Didier Chenet.

Du côté du stade de France - autre lieu visé par les attentats - le service communication ne souhaite faire aucun commentaire, mentionnant « un manque de recul pour le moment».