Attentats à Paris: Quand les commerces touchés vont-ils rouvrir?

PATRIMOINE La plupart des petits commerces ont rouvert. Les bars et restaurants plus durement touchés ont besoin de plus de temps…

Nicolas Beunaiche

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Le bar Le Carillon, à Paris, le 19 novembre 2015.
Le bar Le Carillon, à Paris, le 19 novembre 2015. — Frank Augstein/AP/SIPA

Ils s’appellent Le Carillon, La Belle Equipe ou Comptoir Voltaire, mais aussi Sushi Maki, Les Caprices ou Lavatronic. Le 13 novembre, ces bars, restos et autres commerces ont été touchés directement ou indirectement par les attaques terroristes qui ont fait 130 morts à Paris. La mairie en a ainsi identifié 15, à qui elle a décidé d’apporter une aide financière de 40.000 euros. Mais le retour à la normale prendra du temps, en particulier pour ceux qui ont été le théâtre d’assassinats. 20 Minutes fait le point sur les réouvertures effectives et à venir.

Ceux qui ont rouvert

La pâtisserie Lina, les kebabs Orient Express et Diyar, le salon de coiffure Les Caprices, la laverie automatique Lavatronic, le magasin Parquet Carrelage

Certains ont rouvert dès le dimanche suivant les attentats, comme la boulangerie-pâtisserie Lina et le grill Orient Express, situés rue du Faubourg-du-Temple. Un « devoir », nous confiait alors Ahmed, le boulanger-pâtissier : « Même en période de guerre, le pain doit être fabriqué, c’est essentiel. » Les policiers ont découvert cinq balles à l’intérieur de son commerce, huit sur la façade. Ahmed attend désormais l’aide financière de la mairie. Pour d’autres, le processus de réouverture fut plus long. Jean-Luc, qui tient le salon de coiffure Les Caprices, face à La Belle Equipe (à droite, sur la photo ci-dessous), n’a pu rouvrir que lundi dernier. Le temps pour la police de faire ses constatations, pour l’assurance de venir constater les dégâts, et pour Jean-Luc de faire réparer ce qui devait l’être, après que son commerce et lui-même ont été visés par quatre balles, le vendredi 13. Les 40.000 euros de la mairie ne devraient pas tarder, lui a-t-on promis. Mais c’est autre chose qui lui réchauffe le cœur : « Tous les clients fidèles qui sont revenus m’ont dit qu’ils étaient contents que j’aille bien. »

Ceux qui vont rouvrir

Les bars et restaurants Le Petit Cambodge, Le Carillon, La Belle Equipe, Sushi Maki, le Café Bonne Bière et Comptoir Voltaire

Ils ont tous annoncé, via différents canaux, qu’ils rouvriraient. Mais chacun à son rythme. Une partie d’entre eux sont encore sous scellés, tandis que des fleurs, des bougies ou encore des photos sont toujours disposées devant leur façade. Pour Le Carillon, rue Bichat, la réouverture devrait avoir lieu « peut-être avant la fin décembre, peut-être en janvier », a expliqué son propriétaire au Parisien. Pour Le Petit Cambodge, en face, ce sera « mi-janvier », a annoncé son cogérant au même journal. En attendant, les services de la mairie de Paris effectuent ponctuellement un tri parmi les souvenirs déposés devant le restaurant, comme ailleurs dans Paris. Ils y étaient ainsi à l’œuvre, ce mardi matin, jetant les fleurs fanées et conservant « ce qui participe du travail de mémoire », selon la mairie. Des travaux devraient avoir lieu ces prochaines semaines à l'intérieur du restaurant, avant réouverture.

Le café Bonne Bière, rue du Faubourg-du-Temple, rouvrira, lui, dès vendredi. Ce mercredi, les ouvriers travaillaient d’ailleurs pour que l’établissement soit fin prêt. Le mémorial improvisé à l’extérieur devrait, lui, être démantelé ou simplement déplacé ces deux prochains jours, « pour permettre à la fois la commémoration et la circulation », explique la mairie. Un dialogue avec le propriétaire du bar-restaurant va s’engager à ce propos.

Enfin, La Belle Equipe et Sushi Maki, rue de Charonne, ainsi que Comptoir Voltaire, boulevard Voltaire, ont indiqué qu’ils rouvriraient, sans préciser de date. Pour tous, se pose en tout cas la question de la place accordée à la commémoration. A terme, des plaques pourraient notamment être installées sur les lieux des fusillades.

Ceux dont l’avenir est incertain

La pâtisserie Louis Etoré, la pizzeria Casa Nostra et le Bataclan Café

Trois commerces, trois cas différents. Celui de la pâtisserie Louis Etoré est le plus simple : elle serait tout simplement en train de changer de propriétaire, glisse un voisin. Quant à la pizzeria Casa Nostra, son propriétaire est empêtré dans l’affaire de la vente d’images de vidéosurveillance au Daily Mail. Il se défend d’avoir touché quoi que ce soit, mais la mairie a tout de même conditionné le versement de l’aide promise aux commerces au reversement des 50.000 euros qu’il aurait touchés du quotidien britannique au fonds d’aide aux victimes. Pour le moment, la réouverture n’est donc pas vraiment d’actualité.

Reste enfin le Bataclan Café. Le sort du bar-restaurant, qui va également recevoir 40.000 euros, est forcément lié à celui de la salle de concert qu’il jouxte. Or si les cogérants de cette dernière ont promis de « continuer », le poids des événements pourrait peser dans les futures décisions la concernant. Bruno Julliard, le premier adjoint au maire de Paris chargé de la culture, a résumé la problématique dans une interview à L’Express : « Le Bataclan rouvrira, c’est sûr ! Bien évidemment, il est encore trop tôt pour dire quand et dans quelles conditions. Sera-t-elle toujours une salle de concert ? Personne ne peut le dire pour l’instant. »