VIDEO. Assaut à Saint-Denis: «L'Etat nous a abandonnés», dénoncent les voisins des terroristes

TERRORISME 71 personnes dont 26 enfants vivent dans un gymnase depuis que leur immeuble a été criblé de balles, le 18 novembre...  

Jane Hitchcock

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Kamila et Priscilla, devant la rue du Corbillon à Saint-Denis, là où elles habitaient... jusqu'à l'assaut, du mercredi 18 novembre. Depuis, elles sont hébergées dans un gymnase par la mairie, comme 43 autres adultes et 26 enfants.
Kamila et Priscilla, devant la rue du Corbillon à Saint-Denis, là où elles habitaient... jusqu'à l'assaut, du mercredi 18 novembre. Depuis, elles sont hébergées dans un gymnase par la mairie, comme 43 autres adultes et 26 enfants. — Jane Hitchcock

« J’ai marché sur des douilles. J’ai marché sur des tas de balles, quand j’ai pu sortir de chez moi avec mes enfants. On était vivants, alors qu’on s’était vu mourir cent fois, pendant les sept heures qu’aura duré l’assaut. On a subi des actes de guerre, mais l’Etat nous a abandonnés. » Widad, 30 ans, s’apprête à aller chercher ses trois petits, âgés de 15 mois, 3 et 6 ans, pour rentrer au gymnase, leur nouvelle « maison ». Malgré une réunion en préfecture devant décider du sort de sa famille et de celui des 28 autres foyers sinistrés par l’opération de police de mercredi 18 novembre, ce lundi soir, cette ancienne habitante du 48, rue de la République à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ne sait toujours pas de quoi « demain sera fait ».

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« Un statut de victimes d’acte de terrorisme »

« Un arrêté d’urgence a été pris pour interdire l’accès à l’immeuble, qui faisait déjà l’objet de plusieurs procédures pour insalubrité depuis 2012. Malgré le fait que 15 des 38 logements que compte cette copropriété gérée par des marchands de sommeil aient été criblés des 5 000 munitions du Raid et de la BRI, l’Etat n’accepte de reloger que les habitants de la cage d’escalier où les terroristes étaient hébergés », déplore le maire (PCF) de Saint-Denis Didier Paillard, qui avait prévu de racheter les bâtiments, dans un état de vétusté avancé, pour les rénover. « Nous demandons à être reçus par le Premier ministre », tempête l’élu, qui réclame pour ses administrés un minimum de considération : « Un engagement écrit pour un relogement rapide, un hébergement provisoire, une reconnaissance pour ces familles du statut de victimes d’actes de terrorisme et d’un accompagnement financier. »

Widad, entre le maire-adjoint de Saint-Denis Stéphane Peu (à g.) et le maire Didier Paillard (à dr.). - Jane Hitchcock/20 Minutes

« On nous a traités comme des criminels »

Priscilla, 25 ans, est mère elle aussi. « Cela fait 15 ans que j’habite là. Evidemment, ce n’est pas le luxe, dans ces bâtiments. J’ai vu des choses, c’est sûr. Mais ce qu’il s’est passé ce 18 novembre, jamais je ne m’en serais doutée. » La jeune femme raconte que cette nuit-là, « je m’étais cachée sous le lit avec les enfants. On entendait les hurlements, les tirs, les explosions… Et puis mon ami nous a cachés dans le placard. On y est restés jusqu’à 12 h 30 ! Après, on nous a interrogés au commissariat de Bobigny pendant quatre heures. Les petits n’avaient rien mangé. On nous a traités comme des criminels ». Le périple de Priscilla et celui de son amie Kamila, 40 ans, s’est terminé de la même façon : « La mairie nous a logés dans un gymnase, en attendant. »

« Cette situation n’est pas acceptable »

« 71 personnes dont 26 enfants s’y trouvent depuis mercredi », dénonce le maire-adjoint Stéphane Peu. « Nous proposons dès ce soir à toutes les familles une solution d’hébergement dans des hôtels situés à Saint-Denis », a expliqué le préfet délégué pour l’égalité des chances en Seine-Saint-Denis Didier Leschi au Figaro.

Des chambres d'hôtel ? Avec des enfants ? « Nous n’avons jamais connu le luxe, mais cette situation n’est pas acceptable. Je ne trouve pas ça juste », lance Priscilla. « Les scènes que ces victimes du terrorisme ont vécues sont indicibles : ils ont tous vu leur dernière heure arriver, avec cet assaut, d’une extrême violence. Nous sommes abasourdis : non seulement l’Etat n’a aucune compassion pour ces familles mais, en plus, on leur a opposé une fin de non-recevoir, en les invitant à retourner chez elles si elles le souhaitaient », poursuit l’élu, estomaqué d’avoir (aussi) appris qu’un des civils blessés au cours l’opération de police, un Egyptien sans papiers, avait « reçu une obligation de quitter le territoire français sur son lit d’hôpital. Une ignominie ! »

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