Police: Ce qui a changé pour eux depuis les attentats à Paris et Saint-Denis

INTERVIEW Il a vécu bien des événements mais encore jamais «ça». Ce policier de Seine-Saint-Denis confie à 20 Minutes son nouveau quotidien de «flic de première ligne»…

Propos recueillis par Jane Hitchcock

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Des policiers en mission de protection, ici, devant la Grande Mosquée de Paris pendant la prière du vendredi 20 novembre 2015 (photo d'illustration).
Des policiers en mission de protection, ici, devant la Grande Mosquée de Paris pendant la prière du vendredi 20 novembre 2015 (photo d'illustration). — Francois Mori/AP/SIPA

Son travail a changé. Un peu. Depuis les attentats à Paris et Saint-Denis, le boulot de ce policier de la brigade anti-criminalité en Seine-Saint-Denis a évolué, dans le bon sens, assure-t-il. Sous couvert d'anonymat, droit de réserve oblige, il se confie à 20 Minutes.

Qu'est-ce qui change dans votre travail, depuis ce vendredi 13 novembre ?
C'est l'attitude des gens. Leur méfiance accrue les fait nous appeler plus souvent et leur réactivité les fait s'écarter plus rapidement sur la route, lorsqu'on a déclenché le gyrophare et le deux-tons. J'ai l'impression qu'ils parlent davantage, que la mentalité des Franciliens a évolué. En termes d'incidents, nous n'en avons pas noté de majeurs dans le département. Si ce n'est un jour, une bande de jeunes, qui devait avoir dans les 10 ou 11 ans: ils hurlaient «Allahou Akbar» devant une crèche. Nous leur avons expliqué les choses, ça s'est très bien passé.
 

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Avez-vous reçu des consignes particulières de la part de votre hiérarchie ?
On nous a demandé d'être encore plus vigilants que d'habitude, de tout prendre en compte et très sérieusement. On nous a aussi dotés d'une arme supplémentaire aux Flashball, Taser, pistolet Sig Sauer : nous avons maintenant un fusil à pompe. Mais c'était prévu pour la COP21, c'est juste qu'on l'a eu un peu plus tôt.
 

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Jugez-vous opportun de garder vos armes de service lorsque vous êtes en repos ?
A mon sens, oui. Si notre collègue qui a été tué avec sa femme alors qu'il se trouvait sur une terrasse ce vendredi soir les avait eues, peut-être que la donne aurait été différente. Si nous avons la possibilité d'intervenir alors que nous ne sommes pas en service, c'est tant mieux : il s'agit là d'une défense ou d'un appui supplémentaire. Maintenant, avant d'exhiber une arme, faut-il encore avoir le temps ou l'occasion de mettre le brassard «police». Et logiquement, dans un contexte comme celui des attentats, ce n'est pas évident...
 

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Pensez-vous que la prolongation de l'état d'urgence soit une bonne chose ?
C'est une très bonne chose. Vis-à-vis des questions liées au terrorisme, je pense que nous devrions pouvoir faire des investigations tous les jours. Nous ne parlons pas de braqueurs ou de petits délinquants, là. Car, quand les terroristes agissent, malheureusement, c'est toujours fatal. Les personnes fichées S pour terrorisme ne sont pas surveillées par hasard : elles le sont car elles ont déjà fait montre d'un début de quelque chose. Nous ne pouvons pas être trop prudents avec ces suspects.

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Il y aura forcément des gens contrôlés à tort. Mais on ne peut pas nous reprocher de procéder aux vérifications d'usage : c'est justement à cause de ce défaut de vérifications qu'il s'est passé ce qu'il s'est passé. L'état d'urgence devrait être permanent.

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Lorsque vous vous êtes engagé dans la police, pensiez-vous un jour avoir affaire à cette problématique du terrorisme ?
Le terrorisme a toujours existé : dans les Dom-Tom, dans le pays Basque, en Corse... partout. Je le savais, bien sûr. Le terrorisme concerne toutes les origines, toutes les régions, tous les pays, et pas seulement la capitale de France.

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Pour vous, où commence la radicalisation ?
Nous ne le savons pas, c'est bien cela, le problème. Certains pensaient que c'était en prison mais avec les derniers événements, on s'est rendu compte que ce n'était pas le cas puisqu'aucun des terroristes n'en avait fait. Ont-ils été enrôlés au pied de leur immeuble dans leur cité ? A la mosquée ? Seuls, sur les réseaux sociaux ? D'où ça vient : nous ne pouvons pas le savoir, c'est du cas par cas. Est-ce une vengeance de l'après deuxième guerre en Irak ? La plupart ne s'intéresse même pas tant que cela à la politique...


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Et ces promesses de créations d'emploi annoncées par le président, qu'en pensez-vous ?
C'est bien mais les nouveaux effectifs ne vont pas arriver du jour au lendemain. Et puis il va falloir débloquer de l'argent, alors que nous sommes en période de restrictions budgétaires...
 

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Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?
Dans mon boulot, on est déjà sur les trafics en tous genres et ça ne changera pas grand chose dans notre fonctionnement, si ce n'est que la population devrait comprendre davantage notre travail. C'est comme pour déjouer un cambriolage : si le voisin qui a entendu un bruit suspect ne nous prévient pas, nous ne pourrons jamais intervenir, même si nos rondes sont intensives.