VIDEO. Attentats à Paris: A la Grande mosquée, des fidèles «à des années lumières» des terroristes

RELIGION Ce vendredi midi, les fidèles sont venus en nombre écouter le prêche à la Grande mosquée de Paris pour dénoncer les attentats de vendredi dernier et contrer les amalgames...

Fabrice Pouliquen
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Le prêche de ce vendredi midi, à la grande mosquée de Paris, le moment de prière le plus important de la semaine pour la communauté musulmane, a été marquée par les attentats du 13 novembre dernier.
Le prêche de ce vendredi midi, à la grande mosquée de Paris, le moment de prière le plus important de la semaine pour la communauté musulmane, a été marquée par les attentats du 13 novembre dernier. — F. Pouliquen / 20 Minutes

« Je suis désolé, je suis en retard, cela va commencer », prend le temps de dire Myriam, au pas de course, avant de s’engouffrer dans la Grande Mosquée de Paris. Elle ne sera pas la seule à décliner les demandes d’interview ce vendredi midi. C’est que la prière commence à 12h37 précises et pas question d’arriver en retard.

Montage: Jonathan Duron

Une prière dans une ambiance lourde

« C’est la plus importante de la semaine pour nous, raconte Rakia, venue exprès du 16e arrondissement. C’est l’équivalent de la messe du dimanche matin. Les gens se rassemblent et écoutent un prêche qui va les remettre sur le droit chemin. »

Ce vendredi, bien sûr, ce prêche revêtait une importance particulière, une semaine tout juste après les attaques qui ont fait 130 morts à Paris. Les nombreux uniformes de policiers aux abords de la mosquée et la foule qui attendait patiemment la fouille suffisaient à en témoigner.

« Je ne suis pas un barbare, moi »

Sans surprise, les attentats ont accaparé la quasi-intégralité du discours de l’imam de la grande mosquée de Paris. Il s’est appuyé, pour l’essentiel, sur le texte distribué par Conseil français du culte musulman (CFCM) aux 2.500 mosquées de France en vue du prêche de ce vendredi midi. « Il a rappelé que les valeurs de l’Islam sont totalement contraires à ce genre d’attaque, raconte Iyad, Français d’origine syrienne. « On ne peut pas ramener ces attentats à des discussions sur l’Islam ou les musulmans, poursuit Omar, lui aussi venu assister à la prière de ce vendredi midi. Nous n’avons rien à voir avec ça. C’est un point que j’ai retenu du prêche : la communauté musulmane n’a pas à se justifier après ses attaques. Ceux qui ont fait ça sont des barbares. Je ne suis pas un barbare moi. »

« Ce ne sont pas des musulmans, insiste encore Sarah, 20 ans, elle aussi croisée à la sortie de la grande mosquée. Un musulman ne se permettrait pas d’attenter à la vie d’autrui. Même faire mal à un animal est condamné par notre religion. La vie est sacrée. »

Encore le besoin de se justifier ?

Malgré tout, cette fois-ci encore, le CFCM craint de ne pas pouvoir échapper aux justifications post-attentats. En janvier dernier déjà, quelques jours après les attaques de Charlie Hebdo, les associations musulmanes avaient appelé à un grand rassemblement devant la grande mosquée de Paris pour dénoncer les attentats autant que pour contrer les amalgames et stigmatisations à l’encontre de la communauté musulmane.

« Il est légitime de se demander si – en tant que musulmans- nous devions encore une fois nous justifier devant nos compatriotes, comme si nous étions des présumés coupables », rappelle le texte diffusé aux 2.500 mosquées de France. Mais devant les amalgames et les confusions qui risquent de nous faire subir une nouvelle vague de stigmatisations et d’actes islamophobes, nous ne devons jamais nous lasser de dire haut et fort que l’islam authentique est à des années-lumière de l’idéologie de haine de ces criminels terroristes. »

« C’était important de le redire », estiment Iyad comme Sarah. Même si cette fois-ci, Abdallah, étudiant de 23 ans à la Sorbonne se dit plus confiant quant aux réactions du reste de la population française. « Bien que le bilan soit plus grave encore qu’en janvier, j’ai l’impression que notre communauté est moins stigmatisée cette fois-ci. Il y a moins de tensions à notre égard. »