Attentats à Paris: «Ce besoin de continuer à vivre malgré tout»

TERRORISME Malgré l’interdiction des manifestations de voie publique par la préfecture de police de Paris, il y a toujours du monde aux terrasses des cafés et dans les salles de concert de la capitale...

Fabrice Pouliquen

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Malgré les attentats du 13 novembre dernier et malgré l'interdiction des manifestations de voie publique par la préfecture de Paris, la terrasse du bar Chez Prune (10e) restait bien fournie ce jeudi 19 novembre.
Malgré les attentats du 13 novembre dernier et malgré l'interdiction des manifestations de voie publique par la préfecture de Paris, la terrasse du bar Chez Prune (10e) restait bien fournie ce jeudi 19 novembre. — F. Pouliquen / 20 minutes

« Jusqu’au dimanche 22 novembre minuit. » La préfecture de police de Paris a prolongé ce jeudi l’interdiction des manifestations de voie publique dans la capitale, mise en place au lendemain des attentats du 13 novembre. Les rassemblements sur les lieux des attentats à des fins commémoratives restent autorisés, mais pas question encore d’organiser un grand rassemblement commémoratif, qui serait l’équivalent de la marche républicaine du 11 janvier dernier. Le projet de grande marche blanche, à laquelle 65.000 personnes ont promis de se rendre sur Facebook, n’affiche donc toujours pas de date définie.

« Continuer à vivre tout simplement »

Pour Romain, 35 ans, venu se recueillir avec son amie place de la République ce jeudi, ces mesures de sécurité tombent sous le sens : « C’est plus prudent tant que les autorités estimeront ne pas avoir suffisamment la mainmise sur ce qui peut se passer ». Même son de cloche pour Karim, quelques mètres plus loin.

Mais pas question pour autant de rester cloîtré chez soi. Tous deux parlent du besoin de se retrouver, de sortir… « De continuer à vivre tout simplement », évoque Romain. C’était tout l’objet d’ailleurs de l’événement lancé sur les réseaux sociaux par Medhi Mitchell : une partouze géante en réponse aux attentats. La page, supprimée depuis par Facebook, donnait rendez-vous à 18h jeudi place de la République. 85.000 personnes disaient vouloir s’y rendre. L’événement n’a pas eu lieu, Medhi Mitchell ne s’attendait pas à ce qu’il en soit autrement. « J’ai créé cette page parce que tout le monde autour de moi était déprimé et nos fils d’actualités ne parlaient que des attentats, raconte-t-il. Je voulais que les gens se marrent un peu, essaient de positiver. J’aimerais qu’on continue à sortir à Paris, qu’on aille toujours à des concerts. »

C’est au programme d’Emeline, étudiante parisienne de 19 ans croisée place de la République. Toujours secouée par les événements, elle a prévu de passer une bonne partie du week-end qui se profile en terrasse des bars parisiens. Même si elles ont été ciblées dans les attaques de vendredi dernier. « Je vais continuer à vivre. Et moi, le week-end, je vis la nuit », raconte-t-elle tout simplement.

 

« Fluctuat nec mergetur »

Comme quoi les Parisiens seraient fidèles à la devise de leur ville : « Fluctuat nec mergetur », « Battue par les flots, mais ne sombre pas ». « C’est tout à fait ça, réagit Omar Zemoura, responsable du bar Chez Prune, le long du canal Saint-Martin. « Il y avait moins de monde samedi matin, et c’est normal. Mais depuis notre terrasse ne désemplit pas, assure-t-il. Jamais d’ailleurs nous avons songé à fermer notre bar. Les gens ont besoin de sortir, de parler. Bien sûr, les attentats sont dans toutes les conversations. En janvier, il avait fallu laisser passer un mois avant que les gens parlent d’autres choses. »

Dans les salles de spectacles parisiennes, autre cible des attaques terroristes de vendredi, la musique aussi commence à reprendre ses droits. Et le public suit. Medhi Mitchell cite ainsi le concert de punk organisé à L’International (11e). « Il y avait du monde, c’était bien ».

 

Les Simply Red aussi ont bien rempli le Zénith, la deuxième salle parisienne (6.000 spectateurs) mardi soir. « Il y a sans doute eu plus de personnes que d’habitude à annuler leur venue, explique Lily Fisher, directrice adjointe du Zénith. Mais la salle était tout de même bien pleine. Les passionnés de musique sont venus. On se sent vite handicapé quand on ne peut plus aller à des concerts. »