Paris: La montée des «discriminations» religieuses contre les femmes à la RATP inquiète

COMMUNAUTARISME « Certains conducteurs refusent de les saluer, d’autres de conduire un véhicule après elles », selon la CFDT de l’entreprise publique, qui se défend…

Jane Hitchcock

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Illustration d'un bus de la RATP circulant en Seine-Saint-Denis, avec à son bord une escorte policière
Illustration d'un bus de la RATP circulant en Seine-Saint-Denis, avec à son bord une escorte policière — HADJ/SIPA

Des femmes à qui leurs collègues masculins ne disent pas bonjour parce que ce serait « haram » (péché). Des femmes qui se retrouvent avec un bus sur les bras parce que lesdits confrères refusent de prendre le volant après elles. Cette situation que certaines conductrices de la RATP ont dénoncée au syndicat CFDT a choqué. Mais, d’après une source policière travaillant dans les transports urbains, « elle a bien été évoquée lors d’entretiens entre diverses patrouilles ».

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« Pour échapper à cette ambiance, elle a changé de secteur d’activité »

« Lorsque je parle de ces problèmes de discrimination qui m’ont été rapportés à plusieurs reprises, on m’explique qu’il s’agit d’un épiphénome puisqu’il ne concerne qu’une partie des quelque 13 % de conductrices de bus sur les 14.000 que compte la société. Il n’empêche : ces attitudes existent et elles ont même été carrément banalisées ». Les dépôts de Nanterre, La Garenne-Colombe (Hauts-de-Seine) et Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) seraient les plus concernés.

« Une de mes anciennes collègues, française d’origine maghrébine, conductrice de bus, m’a parlé de ces comportements en juillet dernier. C’est bien simple, pour échapper à cette ambiance, elle a passé un concours et changé de secteur d’activité », raconte à 20 Minutes un retraité de la RATP. « Beaucoup de ces conducteurs se sont d’ailleurs fait virer pour avoir fait leurs prières pendant leur service. »

« C’est dommage d’aborder ce sujet préoccupant » maintenant

Evidemment, ce débat intervient à la suite des attentats de vendredi à Paris et Saint-Denis : Samy Amimour, l’un des kamikazes du Bataclan, a lui-même été conducteur de bus pendant 15 mois, à la RATP. Et c’est bien ce qui dérange Eric Nabet, un responsable de la CGT. « C’est vraiment dommage d’aborder ce sujet, préoccupant, dans le contexte actuel, tragique », déplore-t-il, tout en reconnaissant que « ces questions ont déjà été abordées » et que « le travail à effectuer au quotidien pour que la charte sur la laïcité - mise en place dans l’entreprise en 1995 - soit respectée n’est pas terminé ».

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A la RATP, qui a répondu aux sollicitations de 20 Minutes ce jeudi, la direction confirme que, par le passé, « il y a eu des faits contraires à cette clause de neutralité mais ces comportements sont marginaux. Dès qu’ils sont repérés, nous déclenchons soit un entretien de recadrage, soit un avertissement, soit une mise à pied, pouvant aller jusqu’à la révocation ». Aucune procédure disciplinaire pour de tels faits ne serait toutefois engagée à ce jour.

D’autres entreprises publiques concernées ?

Au-delà de la RATP, « on parle de refus de serrer la main d’une femme ou de travailler avec un collègue en raison de ses convictions religieuses ; de demandes d’aménagement du temps de travail ; d’absences pour des fêtes religieuses ; de nourriture ; de tenues vestimentaires (voile, turban, kippa) », explique Xavier Guézou, délégué général de l’Institut des hautes études du monde religieux, où il est spécialiste des questions liées au travail. Fabian Tosolini, de la CFDT-Transport Environnement, dit, lui, à l’AFP, avoir « alerté sa fédération sur une recrudescence de ces faits religieux au sein de la RATP, d’Air France mais aussi dans les réseaux urbains de province et de collectes des déchets, depuis 2007 », sans toutefois citer de chiffres.

La dernière étude chiffrée sur le sujet, publiée en avril 2015 par l’institut Randstad et l’Observatoire du Fait religieux en entreprise, réalisée auprès d’un millier de sociétés, fait état de « 23 % de managers » confrontés régulièrement au « fait religieux », contre 12 % en 2014.