Assaut à Saint-Denis: «Je me suis mis par terre avec mon fils dans les bras»

TERRORISME Le djihadiste Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats de Paris, était la cible de cette opération qui a duré sept heures mais il n’a pas été interpellé. Reportage...

Jane Hitchcock

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Les secouristes ont pris en charge une trentaine de personnes choquées ou blessées, après l'assaut à Saint-Denis, ce mercredi.
Les secouristes ont pris en charge une trentaine de personnes choquées ou blessées, après l'assaut à Saint-Denis, ce mercredi. — J. H.

Saint-Denis, derrière la mairie. Une conductrice essaie d’entrer dans le quartier piéton : « Je suis maire adjointe, je veux juste me garer », demande-t-elle aux agents municipaux. « Je n’ai pas dormi de la nuit », confie-t-elle à 20 Minutes. Il est 7h50 environ. Cela fait plus de trois heures que la police a bouclé sa ville et que l’assaut dans un appartement de la rue toute proche du Corbillon a été donné. « J’ai cru que ma dernière heure était arrivée », dit Faycal, encore choqué. Il montre son téléphone portable : « Je l’ai cassé en me faisant évacuer ».

Ce chauffeur de VTC explique avoir été brutalement tiré de son sommeil vers 5h. « J’ai entendu des gros bruits, puis des rafales de balles. J’ai entendu des hurlements. Puis, j’ai vu de ma fenêtre une vingtaine d’hommes cagoulés et armés courir dans la rue, avant de comprendre qu’il s’agissait de la police. Heureusement que j’ai été évacué, car je ne serais sans doute plus en vie », raconte-t-il, tremblant.

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« Une heure et quart d’échanges nourris de coups de feu et déflagrations »

Place Victor-Hugo, devant la mairie et pile devant l’entrée de la rue de la République, bouclée par les forces de l’ordre qui ont dû installer des dizaines de barrières pour empêcher les curieux d’avancer. Il est 8h approximativement. Une centaine de journalistes sont déjà massés sur ces barrières. Stéphane Peu, maire adjoint de Saint-Denis indique : « Nous avons hébergé une quinzaine de voisins proches de l’immeuble ciblé par les forces de l’ordre. Il y a eu une heure et quart d’échanges nourris de coups de feu et de déflagrations, ininterrompues. Ça s’est calmé à 6h puis il y a eu de nouveaux tirs, après 7h du matin ».

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Ce riverain, dans le périmètre de sécurité établi par la police, n’a pas pu quitter son domicile avant 13h... - J. H.

« Je n’oublierai jamais ça de ma vie »

Ahmad et Kamal, deux Egyptiens de 30 ans, observent la foule. Les mains dans les poches, ils ont l’air d’avoir froid. « On est dans la rue depuis 4h30 du matin… On n’a toujours pas de nouvelles de Bilal, un compatriote, qui a été blessé. Il habite juste à côté de l’endroit où l’assaut a été donné. Les détonations ont été très fortes… Je n’oublierai jamais ça de ma vie », décrit Ahmad, fébrile. Il attend que la BBC l’interviewe…

 

Ahmad attentait des nouvelles de son ami Bilal, un voisin du lieu de l’assaut, blessé et pris en charge par les secours. - J. H.
Un autre témoin est assailli par les caméras. Une capuche sur le crâne, il répond : « J’habite au 1er de l’immeuble où la police est entrée. J’ai entendu des tirs. Je me suis mis par terre. J’ai vu des flammes. Je suis resté au sol avec mon fils dans les bras ». Ce voisin, sûrement capital pour l’enquête, affirme que l’appartement du 3e étage, occupé par les terroristes, « était fermé il y a encore quelques jours. Je n’ai rien remarqué d’inhabituel ». On apprendra que c’est un autre de ses voisins qui, « voulant rendre service », avait fracturé ce logement pour qu’il serve de « squat » aux « deux potes » de l’un de ses amis… Interpellé, il a assuré ne jamais avoir su héberger des djihadistes.

 

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« Franchement, c’est dur »

Les minutes passent très vite mais la situation évolue peu, place Victor-Hugo. Si ce n’est que les journalistes sont toujours plus nombreux et le ballet des véhicules de secours et de police plus intense… Il est maintenant 10h. Les psychiatres du Samu rejoignent les soignants de la Croix-Rouge de Seine-Saint-Denis pour accueillir une « trentaine d’impliqués » au Centre de santé, selon le docteur Jean-Marc Agostinucci.

D’ici, sortira un homme blessé au pied : il est transféré à l’hôpital Avicenne, où les policiers atteints eux aussi par des balles (ou grenades ?) ont déjà été admis. « C’est dur ce qu’il se passe… J’ai été réveillé par une forte détonation à 4h30 : la femme kamikaze… sûrement. Une demi-heure plus tard, je voyais un riverain sortir de chez lui à moitié à poil… Franchement, c’est dur », dit, fatigué, Kamel, 51 ans. 11h30, l’opération est terminée. Bilan : deux morts, huit gardes à vue et beaucoup - beaucoup - de personnes choquées.