Attentats de Paris: Dans les écoles, certains enfants «sont arrivés profondément marqués»

REPORTAGE Les établissements scolaires du 11e arrondissement ont pris des mesures particulières, en ce premier lundi d'après les attaques qui ont frappé leur quartier. Ambiance...

Jane Hitchcock

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Le rectorat a donné des consignes de sécurité supplémentaires aux chefs d'établissements durant le week-end.
Le rectorat a donné des consignes de sécurité supplémentaires aux chefs d'établissements durant le week-end. — J. H.

Le rectorat leur a interdit de parler aux médias mais ces chefs d’établissement ont eu besoin, lundi, d’expliquer comment ils prévoyaient de gérer le chaos que la vague d’attentats a provoqué dans leur quartier. Nous sommes ici au cœur des événements qui se sont produits vendredi.

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Dans la même rue : une école maternelle, une école primaire et un lycée. Dans chaque artère de cet axe : des adultes parfois en larmes, tout le temps émus, une bougie à la main, qui se recueillent devant les fleurs et messages de paix déposés par de très nombreux anonymes.

Le premier lundi « d’après »

C’est donc en toute discrétion pour ne pas perturber davantage les élèves que 20 Minutes est allé trouver ces responsables de l’Education nationale afin de savoir comment les enfants accueillaient le présent, envisageaient l’avenir. Nous sommes le premier lundi « d’après ».

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« L’ambiance est pesante. Nous avons tous été touchés, de près ou de loin. Une prof a perdu une amie au Bataclan. Le week-end a été très dur », confie entre deux portes ce proviseur, les yeux rougis. « Mais l’académie a été très réactive : dès vendredi soir, nous avons reçu des mails et avons pu préparer ce retour des classes. » Fin de la discussion. « Allez, allez ! », crie au loin une surveillante : l’élève qu’elle a reconnu dans la rue, manifestement en retard, arrive en courant. « Pas de sortie aujourd’hui. Exceptionnellement, vous avez le droit de fumer dans la cour », explique-t-elle rapidement au lycéen.

« Je reste sereine : nous ferons face »

L’école maternelle, cette fois. « Nous avons reçu les consignes. Evidemment, toutes les sorties au musée sont annulées. Un temps d’échanges sera consacré juste avant le moment de recueillement », indique la directrice, qui a pris soin d’afficher à l’entrée de l’établissement un mot à l’attention des parents dont les enfants étaient déjà en sortie scolaire dans le sud de la France, pour une semaine. « Les enfants ne connaissent pas l’actualité », a-t-elle précisé sur cette inscription. « Les enseignants qui les encadrent ne leur ont rien dit, en attendant leur retour. Je reste sereine : nous ferons face », tient-elle à ajouter.

Même son de cloche, en primaire. A la différence près qu’ici, « tous les enfants sont au courant. D’après l’équipe, trois d’entre eux, d’ailleurs, sont arrivés ce matin profondément marqués », affirme la directrice, qui poursuit : « Nous savons que nous avons un rôle important de parole, mais aussi une mission essentielle d’apaisement. Nous travaillerons cette semaine autour de la laïcité, pour éviter les éventuelles rancœurs vis-à-vis des enfants dont les parents sont de confession musulmane ».

 

Après la minute de silence, dans une école élémentaire proche du Bataclan. - J. H.

Comme « les forces noires dans Star Wars »

Un couple de Tunisiens attend justement sa fille, âgée de 6 ans, devant l’école. La maman, voilée, signale qu' « aucune remarque ne nous a été faite, ni maintenant, ni après les attaques de janvier ». Le papa, lui, déclare qu’il a brièvement raconté à son enfant « que des gens avaient été tués. Nous ne sommes pas rentrés dans les détails pour éviter qu’elle ne se pose trop de questions auxquelles nous n’avons pas de réponses, pour éviter qu’elle angoisse ». A deux pas du couple, un grand-père. « Je suis venu récupérer mon petit garçon, de 7 ans. Il est au courant et il sait ce que c’est, la mort, bien sûr. Quand nous l’avons emmené déposer une fleur place de la République, nous lui avons simplement dit que c’étaient des mauvaises personnes, qui avaient fait cela. Il a alors parlé des forces noires dans Star Wars… »

Il est 11h30. La minute de silence, c’est maintenant. Dans la cour des primaires, les 250 élèves sont là et forment un grand rond. « En hommage aux victimes […] en signe de solidarité pour leurs familles et pour leurs proches, nous sommes réunis en cet instant pour la liberté, l’égalité, et la fraternité », annonce solennellement la directrice, des trémolos dans la voix. Le silence s’est imposé. Respectueux, digne. « Ça prend aux tripes », dit la responsable en retenant une larme.