Paris : Une décoratrice accuse Airbnb d'avoir plagié son travail

POLEMIQUE « Les bureaux les plus cools » de San Francisco sont en réalité une copie de l’appartement de Zoé de Las Cases, furieuse des drôles de méthodes d’Airbnb…

Fabrice Pouliquen

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Airbnb — F.Pouliquen / 20 minutes

On pourrait presque jouer au jeu des sept différences. A gauche, le loft, dans le 17e arrondissement, de Zoé de Las Cases, décoratrice et designeuse parisienne. A droite, une salle de réunion du QG d’Airbnb à San Francisco.

Les similitudes sont nombreuses. Le papier peint, le frigo surmonté d’une cagette en bois, la lampe sur le trépied, le poisson rouge sur la table, les tableaux sur les étagères au mur… « Même certains défauts ont été reproduits, s’étonne Zoé de Las Cases. Un de mes fauteuils n’a pas ses quatre pieds semblables… Comme celui d’Airbnb. »

Capture écran des réalisations de la décoratrice parisienne Zoé de Las Cases (à gauche) et des reproductions par Airbnb. - Montage Zoé de Las Cases
 

La designeuse parisienne n’en revient toujours pas. Elle profite des Airbnb Open, qui s’ouvrent ce jeudi au parc de la Villette et qui questionneront l’avenir de l’hospitalité, pour mettre en lumière les drôles de méthodes de la start-up américaine. Zoé de Las Cases accuse tout simplement Airbnb d’avoir reproduit à l’identique son appartement, sans son autorisation, et a entamé une procédure judiciaire pour faire valoir ses droits à la propriété intellectuelle.

Tout avait bien commencé

Pourtant, entre Zoé de Las Cases et Airbnb tout avait commencé pour le mieux. C’était en janvier 2012. Airbnb, la plateforme d’hébergements entre particuliers s’apprêtaient alors à ouvrir ses bureaux parisiens et, avait songé, pour l’annoncer à la presse, à investir le loft de la Parisienne dans le 17e arrondissement.

Pourquoi pas après tout ? L’appartement de Zoé de Las Cases figurait parmi premiers hébergements parisiens proposés sur la plateforme. Il avait déjà été remarqué par des magazines déco et sert régulièrement de décors pour le tournage de films, de séries ou de publicité. Alors quand Zoé de Las Cases reçoit un premier coup de fil de Brian Chesky, co-fondateur d’Airbnb, elle est flattée et met volontiers son chez-soi à disposition de la startup le temps de son événement presse.

« Les bureaux les plus cool de la Silicon Valley »

Ce premier séjour se passe bien. Zoé de Las Cases reçoit des courriels de remerciements et garde une bonne image de ses hôtes d’un jour. Jusqu’à ce message d’un ami australien de la designeuse, envoyé un an plus tard. « Il me félicitait de ma collaboration avec Airbnb et m’envoyait une photo de ce qui ressemble très fortement à mon appartement », raconte Zoé de Las Cases. La légende ? Les nouveaux bureaux d’Airbnb à San Francisco que la start-up présente comme les plus cool de la Silicon Valley. « Il ne m’avait jamais parlé de cette initiative, jamais demandé mon avis », déplore la décoratrice d’intérieur.

Le cauchemar commence alors pour Zoé de Las Cases. Régulièrement, elle voit les locaux de la start-up s’étaler sur des pleine pages dans les médias. « Il y a eu le Guardian, le Huffington Post et même le Before du Grand Journal sur Canal +, il y a quatre mois, raconte la Parisienne. C’est à chaque fois une violation de ma vie privée et de mon intimité. Des souvenirs très personnels, comme des cadeaux ou des souvenirs de voyages, ont été reproduits. »

« En quel honneur Airbnb s’offrirait gratuitement le fruit de mon travail ? »

Pour Zoé de Las Cases, le préjudice va plus loin. Je suis décoratrice de métier. Mes clients paient pour utiliser mon loft ou pour que je décore leurs intérieurs. En quel honneur Airbnb s’offrirait gratuitement le fruit de mon travail ? Les bureaux d’Airbnb ont été régulièrement complimentés pour leur décoration. Mais je ne suis jamais citée. »

Contacté à plusieurs reprises par 20 Minutes, Airbnb n’avait pas répondu à nos questions à l’heure où nous publions ces lignes. Zoé de Las Cases et son mari, Benjamin Dewé, s’attendent à ce que les démarches judiciaires soient compliquées face au leader de la location touristique entre particulier. « Mais pas question pour autant de régler ça avec une tape dans le dos et un week-end Airbnb offert », lancent-ils.