Procès des parents d’Inaya à Melun : Le « pacte » d’un couple « pathologique »

JUSTICE La mère et le père de cette enfant de 20 mois qu’ils ont enterrée en forêt de Fontainebleau dans le secret absolu ont été examinés par le Dr Vincent Mahé, expert psychiatre…

Jane Hitchcock

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C'est ici, dans ce box de la cour d'assises de Seine-et-Marne, à Melun, que les accusés se rejettent la responsabilité de la mort d'Inaya depuis jeudi dernier. C'est aussi ici, dans ce même box, qu'ils seront fixés sur leur sort, vendredi.
C'est ici, dans ce box de la cour d'assises de Seine-et-Marne, à Melun, que les accusés se rejettent la responsabilité de la mort d'Inaya depuis jeudi dernier. C'est aussi ici, dans ce même box, qu'ils seront fixés sur leur sort, vendredi. — J. H.

La cour d’assises de Seine-et-Marne en sait un peu plus, sur la personnalité des parents de la petite Inaya, 20 mois, découverte enterrée en forêt de Fontainebleau le 23 janvier 2013, alors que les services sociaux ne l’avaient plus revue pendant un an. Bushra Taher Saleh, 29 ans, et Grégoire Compiègne, 26 ans, se rejettent la responsabilité du crime depuis l’ouverture de leur procès, il y a une semaine, à Melun. Ce mercredi, l’expert psychiatre Vincent Mahé a offert un nouveau prisme aux jurés. Et c’est celui d’un couple « pathologique ».

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« Il n’existe pas de différence de hiérarchie dans le couple »

Le médecin ne croit pas à la défense de l’accusée, qui assure avoir gardé pendant un an le secret de la mort de son enfant, qu’elle a avoué ne pas avoir su protéger des coups, par crainte de son ex-compagnon, qui la battait et avec qui elle avait passé « ce pacte ». « Si je n’ai pas parlé de l’emprise qu’elle dénonce, c’est que, pour moi, ça n’en relevait pas », affirme tout net le docteur. Pour l’expert, les parents d’Inaya avaient chacun des « armes », bien que différentes : Grégoire Compiègne avait la force physique; Bushra Taher Saleh, elle, la parole. L’influence dans le couple, en conséquence, était réciproque. « Le lien qui les unissait n’est pas seulement celui du registre des violences et de la peur : ils avaient de l’amour l’un pour l’autre et des carences émotionnelles… Pour moi, il n’existe pas de différence de hiérarchie dans le couple. »

« Leurs deux positions se placent en miroir »

D’un côté comme de l’autre dans le box des accusés, en effet, les réponses aux questions sont « analogiques, auto-centrées », relèvera l’avocat général Marc Mulet. Les parents d’Inaya sont incapables de verbaliser leurs émotions. Si la mère a beaucoup pleuré à l’audience, le père, lui, s’est constamment caché, en gardant la tête baissée. « Tous les deux sont caractériels, tous les deux sont intolérants à la contrainte. Ils se positionnent en victimes, conjoints parfaits et parents résolument positifs. Ils ne se reprochent rien : rien n’est de leur faute. Les deux positions se placent en miroir », dépeint le docteur en insistant : « Je dirais que le couple, fusionnel, est pathologique ».

Verdict vendredi

S’il n’accorde aucun crédit au discours « exclusivement victimaire et extrêmement alambiqué » de l’accusée, qu’il taxe d’« inauthentique », le médecin souligne la faille identitaire dont Grégoire Compiègne, abandonné puis placé, adopté et violenté, a souffert, lui. « Cette faille reflète les carences précoces en bienveillance, en amour et en attention : son identité s’est mal construite ». Le Dr Mahé en est certain : aucun des deux accusés n’a de pathologie mentale mais le père d’Inaya, lui, présente des traits psychopathiques. Et « très souvent, le psychopathe réagit par la violence. »

Lequel des deux a-t-il frappé jusqu’à la mort la fillette ? Les jurés doivent se forger leur intime conviction d’ici vendredi, jour du verdict.