A Bondy, des collégiens participent à leurs premières fouilles archéologiques

EXPERIENCE Les élèves de cet établissement de Seine-Saint-Denis découvrent leur patrimoine avec un archéologue, en résidence toute l'année...

Jane Hitchcock

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Des collégiens participent à leurs premières fouilles archéologiques à Bondy (Seine-Saint-Denis), le 3 novembre 2015. Lancer le diaporama
Des collégiens participent à leurs premières fouilles archéologiques à Bondy (Seine-Saint-Denis), le 3 novembre 2015. —

Une truelle, une pelle, un seau. C’est tout le matériel dont les 24 élèves de 5e C au collège Pierre-Curie de Bondy (Seine-Saint-Denis) ont besoin ce mardi après-midi. « Ouaaah », braillent les privilégiés en arrivant sur le site des fouilles dont Cyrille Le Forestier, responsable scientifique à l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), leur parle depuis la rentrée. Près de l’église, devant eux, un rectangle impeccable creusé autour d’un squelette. « Eh oui, vous êtes sur une nécropole ! », annonce le chef de chantier, manifestement ravi de susciter autant d’intérêt chez ses apprentis.

Une opération inédite

« Nous avons déterré cet homme qui a vécu à l’époque gallo-romaine. Vous avez remarqué ? Il a une jambe plus courte que l’autre : il a eu une fracture », décrit Cyrille Le Forestier aux enfants, abasourdis. « Faites bien attention à marcher sur les planches uniquement. On y va ! » Les collégiens sont maintenant surexcités : c’est à leur tour, de creuser dans les vestiges de leur ville. Finie la théorie, place à la pratique. « Comparer les sépultures et observer les maladies pour comprendre comment la société d’alors fonctionnait… C’est le but de l’opération. Mon souhait est que ces jeunes s’approprient leur patrimoine », souffle l’archéologue en aparté. Cette expérience lancée par le Département et l’Inrap est inédite.

 

Les archéologues de l’Inrap travaillent sur ce chantier de Bondy, en Seine-Saint-Denis, depuis dix ans.

 

« C’est la première fois pour nous aussi, qu’un archéologue s’installe en résidence dans un collège pendant un an. » Béatrice Lietz, professeur de latin, et Youssef Baabi, professeur de mathématiques, ont l’air épatés. « Le niveau de 5e a été ciblé en fonction du programme d’histoire, consacré au Moyen-Age, pile dans le contexte de la fouille. Mais j’ai demandé à Cyrille Le Forestier d’intervenir auprès de mes 4e, aussi. C’est très bien, ce qu’il fait ! »

Un millier de sépultures et des kilos de vaisselle

« Ouaaah ! J’ai trouvé une dent ! » Elise, 12 ans, est survoltée. Les trois autres filles de son groupe approchent leur repose-genoux pour mieux voir le fragment. « J’aime bien découvrir des trucs », justifie la jeune habitante de Bondy, qui ne manquera pas de diffuser la nouvelle à ses parents… « Attention Logan, tu as trop de terre devant toi, tu ne verras plus rien. Sers-toi du seau », recommande une archéologue à un autre élève, qui n’a encore déterré aucun des trésors enfouis sous terre. Deux hectares (20.000 m2) ont déjà été passés au peigne fin, « depuis 10 ans », rappelle Cyrille Le Forestier. « Une importante nécropole gallo-romaine donc, une autre mérovingienne, un village carolingien… Nous avons découvert un millier de sépultures et rempli 50 caisses de céramique. La vaisselle nous en apprend aussi beaucoup. »

Le centre-ville de Bondy « est l’un des rares sites où tout est resté en place depuis l’an 300… » Comblé, le responsable scientifique raconte même que « cet été, trois ou quatre jeunes de la cité d’en face ont été surpris qu’on accepte leur aide : ils ont fouillé avec nous ! ». Ce que les collégiens de Bondy auront de plus à réaliser, d’ici à la fin de leur année scolaire, c’est un rapport sur leurs découvertes. Qu’ils pourraient présenter eux-mêmes en mairie.