Les avocats de la partie civile (ici, cinq sur les sept constitués) ont posé de nombreuses questions aux travailleurs sociaux qui ont défilé à la barre, ce lundi.
Les avocats de la partie civile (ici, cinq sur les sept constitués) ont posé de nombreuses questions aux travailleurs sociaux qui ont défilé à la barre, ce lundi. — J. H.

JUSTICE

Procès des parents d'Inaya: Le secret de la mort a été gardé pendant un an

La cour d'assises de Seine-et-Marne juge Bushra Taher Saleh et Grégoire Compiègne pour la mort de leur fille...

Eprouvant. Le procès des parents d’Inaya, qui a commencé jeudi dernier à la cour d’assises de Seine-et-Marne, à Melun, s’est poursuivi ce lundi dans les larmes, les dénonciations et les revendications.

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Consacrée aux dépositions des différents travailleurs sociaux qui ont eu les trois enfants de Bushra Taher Saleh et Grégoire Compiègne à suivre, la matinée s’est focalisée sur le fonctionnement des services sociaux et autour d’une question essentielle, pour les nombreux avocats des associations de protection de l’enfance parties civiles : pourquoi personne ne s’est soucié de la petite, que personne n’a revue pendant un an avant de découvrir qu’elle était morte… et enterrée, en forêt.

« Depuis 2012, nous avons revu nos systèmes d’alerte »

Les premières larmes seront versées ce lundi, abondamment, par la mère d’Inaya. « Sur cette photo, elle devait avoir 1 an », lâche-t-elle, une main sur le visage, une autre sur le ventre. La présidente Catherine Katz vient de montrer à tous le visage de la fillette, morte à l’âge de 20 mois sous les coups, de l’un ou l’autre de ses parents, qui se rejettent la responsabilité du décès.

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Les dénonciations sont elles aussi nombreuses, en ce début de semaine. C’est ainsi que Me Rodolphe Constantino, pour l’association Enfance et Partage, se lève devant l’un de ces témoins qui n’a « rien vu » de la disparition de l’enfant : « Je suis très ennuyé par votre témoignage, Madame. Car tout de même, nous avons un souci. Vous ne verrez jamais le papa et vous ne verrez jamais Inaya au cours de la mesure d’assistance de six mois dont vous aviez la charge et qui n’en avait que le nom ! ». « Depuis 2012, nous avons revu nos systèmes d’alerte », assure tant bien que mal le cadre interrogé. Les travailleurs sociaux n’attendent plus de cumuler les rendez-vous non honorés - comme cela a été le cas avec les parents d’Inaya - pour déclencher une alerte.

« Le juge des enfants avait d’autres possibilités »

Même s’il a prévenu à l’ouverture des débats que ce procès est bien celui des parents d’Inaya et non celui de l’institution, c’est l’avocat général Marc Mulet lui-même qui demande à son tour au même témoin, acculé : « Le juge savait que les grands-parents réclamaient leurs petits-enfants. Ils n’avaient pas de nouvelles d’Inaya. Vous étiez au courant ? ». « Non, je n’avais pas cette information. » L’avocat général enfonce le clou : « On vous a donné 4 000 euros pour effectuer le suivi de cette famille. Et lorsque vous n’êtes pas en mesure de la prendre en charge, pourquoi ne faites-vous rien ? ». Le témoin finit par reconnaître : « Parce que ce n’est pas aussi simple que cela… J’étais en arrêt maladie, hospitalisée… Le juge avait d’autres possibilités. »

« L’un des deux ment »

Qui est responsable de la mort d’Inaya ? Sa mère ? Son père ? Tous les deux se rejettent la faute des violences régulières qui ont entraîné le décès de l’enfant, dont on ne connaîtra rien, si ce n’est qu’elle réclamait l’assistante familiale chez qui elle avait été placée pendant un an avant d’être « rendue » à ses parents, en août 2011. La petite aurait été victime du traumatisme crânien qui lui a été fatal quatre mois plus tard…

« L’un des deux ment », résume, logique, la présidente, après avoir entendu les déclarations de Bushra Taher Saleh, qui s’est longuement posée en victime, et celles de Grégoire Compiègne, qui s’est défendu d’être un homme violent. A la question de savoir lequel des deux a eu « l’idée » d’enterrer le corps en forêt, ni l’un ni l’autre n’avoue. « Et pourquoi l’avoir mise dans des sacs-poubelle au lieu d’un drap, qui aurait pu servir de linceul ? », insiste la magistrate. La seule réponse à cette interrogation sera : « Je ne peux pas vous dire. » Les accusés seront de nouveau interrogés sur les circonstances du décès de leur fille mercredi.